The Predator

mv5bmjm5mdk2ndixmf5bml5banbnxkftztgwnju5ndk3ntm-_v1_sy1000_cr006751000_al_Film de science-fiction américain (2018) de Shane Black, avec Boyd Holbrook, Olivia Munn, Trevante Rhodes, Jacob Tremblay, Keegan-Michael Key, Thomas Jane, Alfie Allen, Augusto Aguilera, Jake Busey, Yvonne Strahovski et Sterling K. Brown – 1h47

Après avoir rencontré un Predator au Mexique, le tireur d’élite Quinn McKenna récupère son équipement, mais celui-ci tombe dans les mains de son fils, attirant l’extraterrestre vers lui. McKenna se monte alors une escouade de fortune, composée de soldats réformés et d’une biologiste pour stopper le Predator…

Trente ans après avoir été dépecé par l’extraterrestre aux dreadlocks, Shane Black prend sa revanche sur le Predator. Quand la Fox lui propose de donner suite au chef-d’oeuvre de John McTiernan, Black fait appel à son pote Fred Dekker (toujours compter sur Black & Dekker !), avec lequel il avait travaillé au tout début de leurs carrières sur Monster Squad (1987), pour coécrire cette nouvelle suite. Ce patronage légitime de l’auteur des excellents Kiss Kiss Bang Bang et The Nice Guys donnait immédiatement envie de voir The Predator. Mais on commençait à tirer la gueule en voyant la postproduction s’éterniser en d’innombrables séances de reshoots, notamment pour faire passer des scènes d’action du jour à la nuit, influençant forcément un montage final duquel quelques acteurs ont été tout bonnement zappé. Les griffes de la Fox sont sans doute plus aiguisées que celles de leur créature, et on redoutait que The Predator devienne un blockbuster aussi schizophrène qu’Iron Man 3

A la sortie de la salle, il est difficile de ne pas être déçu par The Predator, mais le résultat aurait aussi pu être bien pire. De toute évidence, le film est parsemé de mémos du studio mais pas aussi envahissants qu’un lourd cahier des charges Marvel. Quand sur Iron Man 3, on pouvait tracer une colonne Shane Black, une colonne Marvel puis compter les points (selon mon compte, ça faisait match nul), sur The Predator, on se retrouve face à film pas aussi malade qu’escompté, juste un peu enrhumé, qui parvient à maintenir une fragile fluidité malgré les nombreuses intentions des différents partis qui le tiraillent (encore un match nul, donc). Black semble avoir privilégié une approche fun et pulp pour son film, autant pour se démarquer de la grandeur de son modèle dont il sait qu’il ne pourra jamais l’égaler, que pour contenter ses exécutifs et leur attrait pour du divertissement décérébré. Du coup, passée une excellente scène d’ouverture payant son tribut à John McTiernan (de même qu’au score, Henry Jackman paye le sien à Alan Silvestri), The Predator s’embarque dans une aventure jamais très loin du sur-régime, prenant soin de renouveler régulièrement ses enjeux (pas toujours de manière cohérente d’ailleurs) pour ne pas ennuyer le spectateur, et traitant sa mythologie du bout des doigts, juste assez pour faire croire à des idées sensément nouvelles sans qu’on puisse hurler à la trahison.

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Le Predator (Brian Prince) trouve le film un peu prise de tête…

Bref, Shane Black semble avoir fait d’énormes efforts pour rester bien sagement dans les clous, déjà trop content d’avoir pu sortir un film plus sanglant que la moyenne. Ce qui l’a obligé à faire le dos rond sur des séances de reshoots qui laissent sur le film des cicatrices de guerre, surtout sur des scènes d’action pour la plupart mal shootées et mal montées. En revanche, Black se reconnaît indéniablement dans sa bande de bidasses psychotiques qui lui servent de héros, moins musculeux que la bande d’Arnold mais très portés sur les punshlines dont le scénariste a le secret (avec un hilarant Thomas Jane victime du syndrome de la tourette par-dessus le marché !). Des personnages qui auraient pu facilement faire basculer The Predator dans une ironie stérile et énervante à la Deadpool s’il n’y avait cette précision de l’écriture de Black qui, en quelques détails et contrepoints, les rend beaucoup plus attachants et humains qu’attendu, en plus d’en faire des adversaires redoutables pour le Predator, confronté pour la première fois à de vrais psychopathes ! Cette sorte d’agence tous risques garantit une personnalité à The Predator qui le rend immédiatement plus sympathique que tant de blockbusters anonymes (au hasard… le Predators produit par Robert Rodriguez dont nous voilà définitivement vengés !), et c’est à se demander si Shane Black n’a pas accepté de revenir sur Predator moins pour sa créature insaisissable que pour retrouver la camaraderie virile expérimentée sur le rude tournage du film de McTiernan. Si on s’était attendu à ce que The Predator ait ce petit cœur qui bat derrière les gros guns, on aurait moins redouté le chaos de sa fabrication…

BASTIEN MARIE


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