Mute

mv5bmjawnte3mjq2m15bml5banbnxkftztgwnjgznjk2ndm-_v1_sy1000_cr006741000_al_Film de science-fiction britannique, allemand (2017) de Duncan Jones, avec Alexander Skarsgard, Paul Rudd, Justin Theroux, Seyneb Saleh, Robert Sheehan et Dominic Monaghan – 2h06

Dans un Berlin futuriste, un barman muet écume la pègre de la ville pour retrouver sa petite amie disparue…

Après avoir été propulsé dans la stratosphère des jeunes cinéastes à suivre dès son premier film Moon, Duncan Jones s’est pris un sévère retour de bâton avec Warcraft, l’adaptation pourtant honnête du jeu vidéo. C’est donc la mort dans l’âme qu’il s’est replongé dans Mute, un de ses projets qui traînait depuis une douzaine d’années et pour lequel Netflix a accepté de mettre au bout pour finaliser le financement. Jones est donc parti le tourner tranquille en Allemagne dans les studios Babelsberg. Mais Netlfix s’est montré moins généreux dans l’exploitation du film sur sa plateforme en le sortant le même jour que The Cloverfield Paradox, blockbuster déplorable mais pourvu d’un buzz savamment orchestré pendant la mi-temps du Superbowl. Forcément, Mute s’est retrouvé considérablement éclipsé par la machine de J.J. Abrams alors que, bien que maladroit, le film de Jones avait visuellement beaucoup plus à offrir…

Effectivement, avec toute l’énergie de son désespoir, Jones a bouffé à tous les râteliers de la SF pour Mute, d’Enki Bilal à Mamoru Oshii en passant par Blade Runner, mais pour un résultat qui se montre beaucoup plus attrayant que la plupart des blockbusters du genre qui sortent sur grand écran. De toutes les influences suscitées, c’est le film de Ridley Scott qui guide le plus ostensiblement Jones, avec sa trame de film noir dans une mégalopole futuriste, tous néons allumés. Ce sont indéniablement les décors de Mute qui l’honorent le plus, aussi sublimes en numérique qu’en dur à Babelsberg, nous vengeant de la douteuse facture grisâtre d’un Blade Runner 2049. Si Jones ne baigne pas sa cité sous une pluie diluvienne (plainte pour plagiat, il ne manquerait plus que ça), il la peuple en revanche d’une faune incarné par des acteurs qui s’éclatent, notamment Paul Rudd et sa généreuse moustache de bidasse ou Dominic Monaghan le temps d’un caméo qui semble se moquer du remake, lui aussi fadasse, de Ghost in the Shell.

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Leo (Alexander Skarsgard) recherche sa girlfriend sous les néons de Berlin.

Malheureusement, sous son beau vernis, Mute ne propose pas grand chose de neuf dans son récit lui non plus. Malgré la bonne volonté d’Alexander Skarsgard et la jolie idée d’en faire un allergique aux technologies (de là à en faire un amish en revanche…), le protagoniste n’est pas très attachant et assez caricatural, surtout en comparaison de son antagoniste, autrement plus ambigu. Le scénario est aussi réduit à son plus simple appareil, échouant à renouer avec la complexité des films noirs… et se plaçant plus du côté de Villeneuve que de Scott pour le coup. Reste de Mute un spleen assez peu commun dans une production de ce genre, et qui est sans aucun doute celui de Duncan Jones, lessivé par la pluie de critiques qu’a reçu Warcraft. Tragiquement, Mute semble donc plus inspiré par la résignation qu’autre chose, et se morfond pas tant dans sa noirceur que dans sa fatigue…

BASTIEN MARIE


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