La Femme la plus assassinée du monde

mv5bmzbhogy1n2qtmtvhyi00yzgzltlmodctm2jmnmixowy2zdm4xkeyxkfqcgdeqxvymtyxnjkxoq-_v1_Thriller belge, britannique, américain (2018) de Franck Ribière, avec Anna Mouglalis, Niels Schneider, Michel Fau, Eric Godon, Jean-Michel Balthazar et André Wilms – 1h42

Dans le Paris des années 1930, sur la scène du Grand Guignol célèbre pour ses pièces gores, l’actrice Paula Maxa est connue comme la femme la plus assassinée du monde. Parmi ses admirateurs, il y a un jeune journaliste qui s’éprend d’elle, et un harceleur anonyme qui rêve de la tuer…

Autrefois producteur et distributeur inspiré, ayant notamment accompagné Alex de la Iglesia ou le duo Alexandre Bustillo/Julien Maury, Franck Ribière se lance dans la réalisation de sa première fiction avec La Femme la plus assassinée du monde. Derrière ce titre intrigant digne d’un giallo se cache en fait une évocation du théâtre du Grand Guignol, faisant son beurre avec de grotesques excès gores dont se rendront plus tard coupables des cinéastes comme Hershell Gordon Lewis, via la destinée d’une de ses stars (authentique) Paula Maxa. Autant dire qu’un tel hommage au patrimoine horrifique français avait peu de chances d’atteindre nos salles de cinéma, même avec son beau casting comptant Anna Mouglalis, Niels Schneider et Michel Fau. C’est donc sur Netflix qu’il faudra se rabattre pour découvrir le film, mais celui-ci ne se montre pas à la hauteur de son sujet (donc on se contentera volontiers du petit écran, en fait).

Si on peut saluer la volonté de Franck Ribière de choisir comme sujet le Grand Guignol, peu traité au cinéma malgré son influence sur lui (certes néfaste pour beaucoup), on peut difficilement défendre le reste de son film, extrêmement maladroit. La Femme la plus assassinée du monde pèche surtout par son scénario qui semble tester successivement ses différents aspects (reconstitution, biopic, thriller, etc) plutôt que de les mêler harmonieusement dans le récit. Un gros travail de réécriture aurait été nécessaire pour fondre toutes ces belles intentions entre elles, au lieu de quoi on obtient un métrage haché et sur-écrit ne sachant pas canaliser ses passions. Ribière échoue à tordre sa documentation à sa fiction, ce qui rend La Femme la plus assassinée du monde finalement très artificiel. Evidemment, la facture fauchée du film (on ne croit pas du tout au Paris des années 30, même baigné dans la pénombre) et sa pauvre direction d’acteurs (paumés, ceux-ci sont d’une rigidité cadavérique) n’aident pas.

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Paula Maxa (Anna Mouglalis) attend de savoir comment elle sera assassinée ce coup-ci…

Finalement, ce que le film a de plus proche du Grand Guignol, ce sont ses effets grotesques car on en voit toutes les coutures. Et Ribière semble y voir la même sordidité que les détracteurs, au lieu de leur opposer l’esprit de sales gosses de la troupe. On serait pas loin du contre-sens, d’autant plus que le film passe aussi à côté d’un beau portrait de femme en puissance avec Paula Maxa, que le tout Paris venait voir indéfiniment victimisée par les pires bourreaux et supplices. Cette horreur-là est sans doute plus insoutenable et immorale que les jets de sang et membres sectionnés finalement bon enfant. Bref, jusqu’à un twist final aussi peu élaboré que le reste, La Femme la plus assassinée du monde pourrait être le film le plus manqué du monde, montrant que les navets Netflix peuvent aussi être joués dans la langue de Molière, en espérant un remake qui serait, lui, digne du grand écran.

BASTIEN MARIE


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