A Star Is Born

mv5bmtgzmje1nti2ov5bml5banbnxkftztgwmdk5mjaznjm-_v1_Drame américain (2018) de Bradley Cooper, avec Bradley Cooper, Lady Gaga, Sam Elliott, Andrew Dice Clay et Dave Chapelle – 2h15

Un chanteur de country alcoolique rencontre une chanteuse talentueuse, l’invite sur sa tournée et l’aide à lancer sa carrière…

Ce troisième remake d’A Star Is Born était d’abord destiné à Clint Eastwood, avec Tom Cruise et Beyonce dans les rôles principaux (et on serait encore curieux de voir ce que ça aurait donné). Mais un jeu de chaises musicales a commencé au sein du casting, jusqu’à ce que Bradley Cooper se voit bien retravailler avec l’auteur d’American Sniper. Manque de bol, Clint a préféré embarquer dans le Thalys pour le résultat désastreux que l’on sait, laissant Cooper orphelin. Qu’à cela ne tienne, avec l’aide de son pote Todd Phillips (Very Bad Trip), l’acteur décide de prendre le projet à bras-le-corps et d’en assurer la réalisation, la production, la réécriture et une partie de la musique sans lâcher le rôle principal ! L’acteur joue donc son va-tout, avec les Oscars dans le viseur et en partageant l’affiche avec Lady Gaga, tout juste « golden globisée » pour sa participation à American Horror Story. Présenté en grandes pompes à Toronto et Venise, A Star Is Born promet donc surtout la naissance d’un réalisateur…

Et on y croit pendant la première heure. Bradley Cooper entre humblement dans sa première mise en scène, avec la même application qui a guidé sa carrière d’acteur. On est très vite touché par la candeur des personnages, nous convaincant de retourner dans une success story romantique comme si c’était la première fois. Cooper soigne ses scènes de concert, immersives par leur impeccable travail sonore rendant justice aux chansons composées avec le fiston de Willie Nelson. Durant la première virée nocturne de son couple de protagonistes, Cooper parvient à nous amuser et nous émouvoir sans rien forcer. Pour ce qui est de la mise en scène, si un montage parfois approximatif trahit le coup d’essai, il y a tout de même quelques fulgurances qui prouvent que le brave Bradley a bien fait ses leçons. Et puis il y a Sam Elliott, indéfiniment impeccable avec son visage de cow-boy inchangé depuis quarante ans…

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Bobby (Sam Elliott) prend son frère Jackson (Bradley Cooper) entre quatre yeux : « Un jour, tu seras cow-boy, fiston ! »

Et puis tout à coup, au bout d’une heure, A Star Is Born s’écroule complètement ! Le récit se banalise terriblement, l’équilibre se renverse sous un pathos si grotesque qu’il frise parfois l’humour involontaire. Lady Gaga montre qu’elle n’est pas plus actrice que les divas qui l’ont précédées (Barbra Streisand, Cher, Madonna et Prince !), Cooper se retrouvant seul à porter le film sur ses épaules sans être exempt lui-même d’excès caricaturaux, comme sa voix gutturale héritée des ranchs d’Arizona (n’est pas Sam Elliott qui veut). Mais le pire, c’est qu’A Star Is Born finit par passer complètement à côté de son sujet en zappant les données contemporaines à apporter au vieux mythe hollywoodien. Après quelques allusions anecdotiques en début de film, les réseaux sociaux et les pressions médiatiques n’ont aucune influence sur la notoriété, assurément fictive, de ses protagonistes. Ceux-ci ont d’ailleurs un karma fort inégal : l’alcoolique est forcé de se repentir alors que la starlette n’a aucun problème à foutre son intégrité artistique aux chiottes. Quant au portrait de l’artiste féminine, il est incroyablement conservateur (voire même plus rétrograde que la version des années 1950), surtout à l’heure où Hollywood tremble sous les exclamations féministes. Lady Gaga (ressemblant sans doute plus à son personnage qu’elle ne le pense) y joue une poupée modulable et reconfigurable à l’envi, échangeant sans ciller sa puissante voix country contre toute la panoplie jetable de popstar éphémère. Le pygmalion manipulateur a encore de beaux jours devant lui semble nous dire Cooper, ne faisant rien pour perturber le pilotage automatique de sa romance contrariée, pariant sur une prudence excessive finissant fatalement par devenir contre-productive.

BASTIEN MARIE


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