Searching – portée disparue

mv5bodkymtvmotqtotniys00zdg1lweyodmtztg0mjnhytfmodmwxkeyxkfqcgdeqxvymtmxodk2otu-_v1_sy1000_cr007261000_al_Searching Thriller américain (2018) d’Aneesh Chaganty, avec John Cho et Debra Messing – 1h42

Après la disparition de sa fille de seize ans, un père veuf et désespéré cherche des indices dans son ordinateur…

Après les Unfriended, slasher où le tueur est un virus informatique, Timur Bekmambetov, qu’on pourrait grossièrement présenter comme le Michael Bay russe et ainsi frissonner de son impact sur le cinéma, continue de penser que filmer un écran d’ordinateur peut donner un bon film avec Searching. Cette fois, on a affaire à un thriller où un père (John Cho, Sulu des Star Trek nouveaux) recherche sa fille avec l’aide de son historique internet et d’une fliquette très impliquée (Debra Messing, Will & Grace). Le tout devant la caméra (?) d’Aneesh Chaganty, qui en profite pour tourner son premier long-métrage. Sur son affiche, au-dessus d’un « digne d’Hitchcock » qui laisse perplexe, on peut voir que Searching a été primé à Sundance, ce qui ne veut pas dire grand chose dans l’absolu (il y a tellement de prix abscons dans des catégories mal définies à Sundance que le festival de Robert Redford en perdrait presque toute crédibilité) sinon que le film est vaguement expérimental. Alors, réussite avant-gardiste ou attrape-couillon ? Après vision de Searching, on pencherait pour la seconde option…

Autant vous le dire d’emblée, Searching est un thriller mollasson et peu intéressant cinématographiquement parlant. Pour ce qui est du scénario, il doit s’adapter à la prétendue audace formelle de Searching et s’en tient donc à un modèle de thriller si simpliste qu’il en devient terriblement prévisible. Et en terme de « mise en scène », Aneesh Chaganty se prend les pieds dans le tapis d’entrée de jeu. Les premières minutes du film sont consacrées à la vie de la famille Kim vue à travers leurs ordinateurs successifs, moins efficace comme exposition narrative que comme une vulgaire pub Windows. Quant à l’évocation de la mort d’un personnage par un fil d’actualité vide sur Facebook, ça a évidemment une portée émotionnelle proche de zéro.

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David Kim (John Cho) à la recherche de sa fille sans lever les fesses de sa chaise de bureau : c’est beau la technologie…

Searching atteind donc ses limites au bout de dix minutes : virtualité complète des personnages (malgré toutes les bonnes intentions de John Cho), absence totale de point de vue (le film multiplie les vidéos de différentes sources sans se demander qui les actionne et les regarde) et malhonnêteté de la mise en scène (le réalisateur splite, recadre et monte les images de son écran d’ordi en reniant sans s’en rendre compte la radicalité de son propre concept). Par chance, quelques images (un écran de veille devenant hypnotisant) et séquences (la visite du père dans l’appart d’un des suspects qu’il a truffé de minuscules webcams) font parfois mouche, mais on ne peut s’empêcher de penser que ce sont des coups de bol de la part d’auteurs qui confondent expérimentation et supercherie. Donc non, raté, Searching n’est pas digne de Hitchcock, loin s’en faut, confirmant ce dont on se doutait déjà : aucun écran d’ordinateur ne remplacera celui d’un cinéma…

BASTIEN MARIE


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