L’Amour est une fête

0252578Polar français (2018) de Cédric Anger, avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Michel Fau, Camille Razat et Xavier Beauvois – 1h59

A Paris en 1982, Franck et Serge sont deux flics chargés d’infiltrer le monde du porno et utilisent un peep show, le Mirodrome, comme couverture. Après une attaque contre leur établissement, ils se rapprochent de la concurrence, notamment de Maurice Vogel, un ponte du X qui leur confie bientôt la production d’un long-métrage…

Après son coup d’éclat La Prochaine fois je viserai le cœur (2014), qui offrait à Guillaume Canet le meilleur rôle de sa carrière (ce qui n’est, certes, pas très compliqué), Cédric Anger poursuit son sillon du polar en l’ouvrant à la comédie avec L’Amour est une fête qui nous raconte les aventures de deux flics infiltrés (encore Canet qui ramène son pote Gillou) dans le milieu du porno du début des années 80. Un univers qui tenait à cœur au réalisateur pour en retrouver une certaine insouciance, juste avant l’arrivée du sida et le couperet d’une justice beaucoup plus stricte sur la question du X. Bref, une industrie pornographique bien différente de celle d’aujourd’hui, au point d’en devenir inconcevable à ceux qui ne l’ont pas connue. Le titre L’Amour est une fête n’a donc rien d’ironique pour un film qui se veut moins subversif que chaleureux.

C’est le cas dès les premières minutes du film où les corps féminins ondulent sous les néons rouges, au rythme du titre défoulant de Slade, tandis que les deux patrons, fort sympathiques puisqu’ils ont les traits de Canet et Gillou en grande forme, veillent tranquillement au bon fonctionnement de leur entreprise. Pour ne pas faire d’ombre au tableau de cette ouverture, on indiquera que bien plus tard qu’ils sont flics, introduisant une intrigue policière qui est plus un prétexte qu’autre chose. Un prétexte qui ralentit cependant l’entrain de L’Amour est une fête : Anger lève le pied sur son joli décorum 80’s, malmène le rythme du film avec des séquences franchement dispensables (notamment tout ce qui concerne la vie familiale inconciliable de Gillou) et surtout sacrifie ses personnages féminins, tendant ainsi le bâton aux spectateurs qui le trouveraient macho. Heureusement, Anger va retomber sur ses pattes vers la fin du film, où la conclusion inattendue de l’intrigue policière va permettre de mieux révéler cette insouciance que le réalisateur voulait montrer sur le tournage d’un porno de l’époque, encore épris d’amour libre (et avec un savoureux Xavier Beauvois en réalisateur de films d’amour soit dit en passant, comme une version bien franchouillarde de feu Burt Reynolds dans Boogie Nights).

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Nos flics infiltrés, Serge (Gilles Lellouche) et Franck (Guillaume Canet), viennent de trouver leur metteur en scène (Xavier Beauvois) qui, lui, dissimule ses activités derrière une entreprise fromagère…

C’est la seule comparaison que je ferai entre les films d’Anger et de P.T. Anderson, qui n’ont, en-dehors de leur sujet, que très peu de rapports entre eux. Comme je l’ai dit, L’Amour est une fête n’a pas non plus le rythme imparable de son homologue ricain et c’est bien dommage car Anger aurait bien mieux visé le cœur (hi, hi) s’il avait mieux réussi ce dévoilement de la comédie derrière le polar, et avec lui de la jouissance derrière la sordidité présumée. Un épisode du film en particulier représente bien ce semi-échec : sans savoir où il va, Franck (Canet) doit suivre Vogel (Michel Fau, en léger sur-jeu) au milieu de la forêt. Alors qu’il s’attendrait à se faire descendre, il arrive en fait dans une propriété du producteur, havre de plaisir où il va passer la nuit avec trois créatures de rêve. Si la surprise peut faire son effet, les deux tons qu’elle distingue (le suspens puis l’humour) sont toutefois forcés. On passe sans transition du polar le plus austère à une soirée de fête outrée et artificielle, le tout semblant n’être qu’une parenthèse dans un film de deux heures en comptant déjà beaucoup. Il aurait donc fallu un scénario plus resserré et mieux contrasté pour canaliser toute l’énergie de L’Amour est une fête, pas aussi jouissif qu’il le voudrait.

BASTIEN MARIE


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