Climax

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(bad)Trip musical français (et fier de l’être) (2018) de Gaspar Noé, avec Sofia Boutella, Kiddy Smile, Romain Guillermic, Souleiha Yacoub, Claude-Emmanuelle Gajan-Maull, Thea Carla Schøtt… – 1h35.

De la neige. Une salle des fêtes. Une troupe de danseurs. Une fête de fin de répétition. Des filles. Des garçons. Des vinyls. De la sangria…

A peine trois ans après Love, Noé casse son rythme habituel et nous fait donc un retour prématuré avec ce film qui a pu nous sembler un peu sorti de nulle part. Il faut dire que, contrairement aux premières confidences de Noé et Maraval qui évoquaient un projet vieux de quinze ans, mené sur différents pays et impliquant de nombreux témoignages, Climax s’impose comme un film autrement plus ramassé que les deux précédents opus du cinéaste, tourné sur une vingtaine de jours dans un décor unique et qui ne manque pas de briller de cette urgence.

A l’heure où le scénario est plus que jamais un point de crispation lorsque l’on aborde une oeuvre cinématographique, on sait que Noé n’est pas du genre à s’embarrasser d’un script détaillé et de toutes les contraintes que cela implique. Aussi, il préfère construire ses personnages directement avec ses acteurs (qui sont d’ailleurs loin d’en être tous) au gré des différents tableaux qui rythment le film, principalement dans sa première partie. Ainsi, Climax n’en finit pas de s’introduire, d’abord par une auto-citation aussi réjouissante que glaçante d’Irréversible suivie par une vidéo de présentation de la troupe qui permet à Noé, une fois n’est pas coutume, de représenter ses références revendiquées à l’image via une pile de bouquins et de VHS (oui, il y aura bien une dose de Possession, un zeste de Zombie, une touche d’Hara Kiri, forcément du Suspiria dans les lumières et du Schizophrenia dans les cadres). Enfin, on est plongé dans la soirée via un ébouriffant plan séquence amené à faire date et qui capte, au son du Supernatural de Cerrone, certainement la scène de danse la plus hallucinante depuis La Fièvre du samedi soir. Alors que la caméra ne coupe pas lorsque nos danseurs terminent leur intense chorégraphie pour passer à l’apéro, se mettant au contraire à valser entre les différents protagonistes, on est déjà sûr d’une chose : Climax sera bien une nouvelle expérimentation cinématographique sans concession de plus.

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Et là ce n’est que le début de la soirée…

Si Climax reste un huis clos, dans une salle des fêtes qui devrait rappeler des souvenirs embrumés à plus d’un, il multiplie comme jamais le nombre de ses protagonistes, représentant toutes la diversité de la France, un drapeau tricolore pailleté s’imposant même comme l’un des motifs graphiques centraux du film, tandis que la suite des événements révélera la difficulté du vivre ensemble. Passée leurs présentations vidéo pleines de bonnes intentions, les personnages se dévoilent un peu plus dans une succession de dialogues improvisés, plus ou moins heureux, qui en disent long sur les conflits sous-jacents qui s’invitent bien souvent dans nos groupes sociaux. Si le jeu d’acteur s’avère une fois de plus aléatoire, même si heureusement le rôle principal est confié à l’excellente Sofia Boutella, la troupe s’incarne en revanche parfaitement via des physiques forts qui marquent autrement plus que les caractères, Noé étant de toute façon plus attiré par les corps et leurs entrechoquements que par la psychologie de ses personnages. Là est bien le but et, tandis que les esprits s’échauffent bien trop pour une simple sangria, le film révèle la part sombre de son programme. Le Climax de la soirée est atteint, le point de non retour.

 

A l’inverse d’Irreversible dont la barbarie avait privé les spectateurs sensibles de sa belle histoire d’amour, Noé propose cette fois une porte de sortie via un générique de mi-métrage (réalisé avec le même brio que celui d’Enter the void par Tom Kan) avant de lancer sa face B, autrement plus chaotique. Climax, s’il se barre quand même bien en couille, reste malgré tout le film le plus soft du cinéaste, les actes de violences se faisant moins graphiques et les scènes de sexe plus suggestives. Même si la mise en scène est encore une fois immersive, le point de vue n’est plus celui subjectif d’Enter the void ou intimiste de Love. La caméra toujours un peu nauséeuse de Noé, à nouveau soutenue par la lumière tout en néon du génial Benoît Debie, nous montre le trip de sa troupe de façon hallucinée mais un peu détachée (au désespoir des amateurs de LSD qui n’auraient pas craché sur davantage de psychédélisme), prenant tout de même part à ce joyeux bordel. Le tout étant rythmé par un mix quasiment ininterrompu mêlant le fidèle Thomas Bangalter, Georgio Moroder, Soft Cell (Tainted Love dans l’extended mix si cher à mon coeur), Gary Numan ou encore Aphex Twin, il n’est même pas interdit de trouver ce Climax fun ou, sans aller jusque là, d’au moins passer un meilleur moment que la plupart de nos danseurs drogués. Il faudra néanmoins compter sur un final post-apocalyptique où est dressé un bilan de la soirée qui pourrait choquer même certains qui auraient tenu jusque là. Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, l’expérience ne valait-elle pas la peine d’être vécue ?

CLEMENT MARIE


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