Dogman

2364869Polar italien, français (2018) de Matteo Garrone, avec Marcello Fonte et Edoardo Pesce – 1h42

Dans une banlieue pauvre d’Italie, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, voyou massif qui rackette et brutalise le quartier et qui va embarquer le pauvre Marcello dans ses combines…

Après l’échec critique de son film fantastique Tale of Tales, Matteo Garrone revient prudemment à l’ambiance de son coup d’éclat Gomorra sans pour autant oublier la forme des contes. Dogman devient donc un conte moderne dans une banlieue salement déshéritée d’Italie dans laquelle un modeste toiletteur pour chiens, homme-chien à plus d’un titre d’ailleurs, se retrouve piégé dans un duel à la David contre Goliath. Manque de bol, il est David, Goliath étant une brute épaisse terrorisant tout le quartier. Un retour aux sources pour Garrone qui lui a permis de réapparaître au palmarès cannois avec un double prix d’interprétation, un pour son acteur Marcello Fonte et une Palm Dog de circonstance pour l’ensemble du casting canin (à croire que Dogman ait été taillé sur mesure pour ce prix anecdotique).

S’il fallait s’en tenir au simple debrief cannois, alors le prix attribué à Marcello Fonte est indéniablement mérité car Dogman serait considérablement amoindri sans sa présence et celle de son adversaire Edoardo Pesce. Ne faisant preuve ni d’une grande richesse formelle ni de subtilité scénaristique, Matteo Garrone compte beaucoup sur la grotesque asymétrie de ses deux protagonistes. Entre le frêle Marcello et le colossal Simoncino, prêt à le dévorer dans chaque plan, on a affaire à de véritables Laurel et Hardy napolitains, le duo comique étant d’ailleurs cité à l’écran via des statues à leur effigie, ensanglantées après que Simoncino s’en soit servi pour régler ses comptes. Fonte et Pesce sont donc tous deux de parfaits dogmen, l’un avec son regard de chien battu, l’autre avec ses airs de molosse enragé.

4260020
Marcello (Marcello Fonte) en pleine de séance de manucure pour un chien imposant. Mais il va être confronté à pire molosse…

Dans une histoire, inspirée d’un sordide fait divers, dont on devine l’inévitable escalade de violence, Matteo Garrone combine ses trois films précédents. Le décor napolitain, impressionnant de désolation, montrant la misère italienne comme dans Gomorra, la forme allégorique laissée par les contes de Tale of Tales, et l’humour de Reality hérité des grandes comédies italiennes. Ceci dit, l’aspect comique de Dogman ne sautera peut-être pas aux yeux de tout le monde, mais je l’ai vraiment vu comme une comédie. Affreuse, sale et méchante mais une comédie tout de même, y compris – et en particulier – dans ses passages les plus violents. Après, c’est à vous de voir si Dogman est plutôt un effroyable drame social ou une satire féroce (vu sa mise en scène assez balisée, Garrone lui-même semble avoir du mal à choisir) mais à mon avis, la seconde option donne au film plus de chien.

BASTIEN MARIE


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s