Le Monde est à toi

2222279Comédie française (2018) de Romain Gavras, avec Karim Leklou, Isabelle Adjani, Vincent Cassel, Oulaya Amamra, Sofian Khammes, François Damiens et Philippe Katerine – 1h40

Petit dealer, François a un rêve : devenir distributeur officiel de Mr Freeze au Maghreb. Pour financer son projet, il accepte un gros deal en Espagne. Mais il se fait rouler et va devoir compter sur son entourage peu fréquentable pour se sortir de cette mouise… 

Issu du collectif Kourtrajmé aux côtés de Kim Chapiron (Sheitan, 2006), Romain Gavras, fiston de Costa, s’est fait connaître par sa production pléthorique de clips musicaux, parmi lesquels certains n’ont pas manqué de défrayer la chronique comme celui de Stress pour Justice et sa bande de casseurs encagoulés ou de Born Free pour MIA et son génocide de roux. Une rousseur martyrisée qui sera aussi le sujet de son premier long-métrage Notre jour viendra (2010) dans lequel Vincent Cassel et Olivier Barthélémy, tondus, se cherchaient un refuge dans le Nord de la France. Après la relative indifférence provoquée par ce premier essai, Romain Gavras revient avec un film résolument plus pop, coloré et rigolo avec Le Monde est à toi, comédie de gangsters bling-bling porté par un gros casting. Après avoir illuminé la dernière Quinzaine des réalisateurs, le film est arrivé dans nos salles en plein 15 août, profitant de la chaleur estivale pour espérer faire main basse sur le box office.

Le Monde est à toi a-t-il fait beaucoup d’entrées, je n’en sais rien mais il ne l’aurait pas volé tant le film assure le spectacle et l’hilarité, amenant en France l’esprit des premiers Guy Ritchie (ce qui dit bien aussi ses limites, mais j’y reviendrai). De toute évidence, Romain Gavras a de l’expérience, comme l’atteste la superbe facture visuelle de son film. Ses plans sont classieux, même avec du Sardou en accompagnement sonore, ce qui n’est pas un mince exploit. Son casting suit le mouvement, avec des acteurs tous impeccables, des premiers rôles aux guest stars. Et plus particulièrement Vincent Cassel, comparse de la première heure de Gavras, tenant un rôle de truand minable digne du Robert De Niro de Jackie Brown.

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Henri (Vincent Cassel), Danny (Isabelle Adjani) et René (François Damiens), trio infernal de la pègre parisienne du temps où Balavoine était en tête des charts.

Si je ne me risquerai pas à dire que Gavras fait du Tarantino à la française, il faut tout de même reconnaître que son approche du film de gangster est judicieuse et irrésistible. Pour nous accompagner dans cet univers de voyous, Gavras nous fait suivre François qui veut désespérément en sortir, refusant d’adhérer au credo de Tony Montana traduit par le titre, préférant au monde à soi un pavillon piscine payé par ses frais de petit entrepreneur légal. Pour parvenir à cette modeste ambition et prendre la success story à rebours, il va cependant devoir passer outre les différentes générations de gangsters hexagonaux qui lui font face, de la vieille garde écoutant Balavoine (Cassel, Adjani, Damiens) aux lascars incontrôlables vêtus de maillots du PSG et dopés à PNL. Une petite histoire de la truanderie française qui donne un aperçu de l’acuité de Gavras, de son don pour visualiser l’air du temps et tenter d’y déceler une franchouillardise qui pourrait succéder à celle d’un Bertrand Blier. Le tout dans une banlieue parisienne qui, en quelques plans, est nettoyée de la chape Europacorp qui pesait sur elle.

Avec toutes ces qualités, Le Monde est à toi surpasse sans problème tous ses concurrents dans le domaine de la comédie et du polar en France, rejoignant presque le sommet atteint quelques semaines plus tôt par Au poste !. Presque, car, pour être tout à fait honnête et même si ça fait mal de le dire, Le Monde est à toi reste un film de clippeur. Gavras chope si bien l’esthétique contemporaine que rien ne garantit que son film vieillisse bien, et Le Monde est à toi, tout rigolo soit-il, n’ose pas vraiment aller au-delà des surfaces qu’il fait joliment miroiter. On comprend assez vite que le ton sardonique du film ne l’emmènera pas bien loin, juste à ce final où les personnages sont arrivés à leurs fins sans trop d’égratignures, achevant une satire bien inoffensive. Définitivement plus Ritchie que Tarantino, donc.

BASTIEN MARIE


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