Roulez jeunesse

1830672Comédie française (2018) de Julien Guetta, avec Eric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan, Ilan Debrabant et Louise Labeque – 1h24

Dépanneur dans le garage de sa mère, Alex dépanne une jeune femme et passe la nuit chez elle. Le lendemain, elle a disparu en lui laissant trois enfants sur les bras…

Roulez jeunesse est le premier film de Julien Guetta qui, après deux courts-métrages aux thématiques très familiales, insuffle logiquement ces dernières à son long. Il ne lui restait plus qu’à convaincre une star pour endosser le rôle principal, et Guetta la trouve en Eric Judor, croisé par hasard dans les couloirs de la production. Et le hasard fait bien les choses car le rôle semble taillé sur mesure pour Eric, trouvant en Roulez jeunesse un véhicule pas seulement pour sa gloire personnelle (même s’il y trouve un peu son tchao pantin) mais aussi pour raviver le morne paysage de la comédie française (même s’il payera ses impôts cette année grâce à Alad’2). Malheureusement, avec sa sortie au cœur d’un été caniculaire, Roulez jeunesse risque de faire aussi peu d’entrées que Problemos, l’excellente dernière réalisation d’Eric Judor qui continue de creuser malgré tout son sillon réjouissant.

L’acteur fait beaucoup dans le charme de Roulez jeunesse et ce dès l’ouverture. Julien Guetta braque sa caméra sur Eric alors qu’il chantonne un irrésistible yaourt ou réagit face à ses clients truculents. La vista comique de l’acteur est donc au centre de la première partie du film qui ne cache pas qu’il en est un premier. Sur la base d’un scénario simple mais ciselé, Roulez jeunesse avance prudemment et semble retenir ses coups sur les vannes. Toutefois, il ne faudrait pas y voir de la timidité mais plutôt une mesure savamment maintenue pour mieux cueillir le spectateur quand le sujet se fera plus grave et social. Une approche appliquée qui est forcément tout bénéf, autant pour Eric Judor, qui explore de nouvelles facettes de son jeu de manière subtile et naturelle (on en est d’autant mieux cueilli), que pour Julien Guetta qui tient un film fluide et cohérent, restant malgré tout une comédie, juste plus consciencieuse que tant d’autres.

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Alex (Eric Judor), un dépanneur qui se retrouve avec le linge sale de sa cliente.

C’est ainsi que Roulez jeunesse atteint, mine de rien, ses modestes ambitions. Celles de montrer une société infantile (Eric Judor est loin d’être le seul grand gamin du film), dans laquelle les responsabilités s’abandonnent très facilement et où l’enfant et l’adulte cohabitent confusément dans un même esprit. Guetta attise généreusement le chaos de son film qui est aussi celui de ses personnages et de leurs rapports, avant d’évoluer peu à peu vers un équilibre à mesure que sa « famille » se trouve à l’écran. Et tout ça avec une grande tendresse qui transcende largement les inévitables limites ou maladresses d’un premier essai. Une personnalité qui a de quoi illuminer la comédie française estivale. Du moins dans un monde idéal, car dans le monde réel, Roulez jeunesse a si bien mis le doigt sur l’infantilisme ambiant que le box-office lui préfère des films vraiment puérils comme Ma Reum

BASTIEN MARIE


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