Paranoïa

mv5byjlhztk5mwutn2q5yi00mda3lwi4mtytotyyndkyyjnintrkxkeyxkfqcgdeqxvyndkzntm2odg-_v1_sy1000_cr006751000_al_Unsane Thriller américain (2018) de Steven Soderbergh, avec Claire Foy, Joshua Leonard, Jay Pharoah, Juno Temple et Amy Irving – 1h38

Autrefois victime de harcèlement, une jeune femme se retrouve internée contre son gré dans une institution psychiatrique dans lequel elle reconnaît son harceleur parmi le personnel infirmier…

Après être sorti de sa retraite dans son coin avec l’hilarant Logan Lucky, Steven Soderbergh voulait s’essayer au thriller, toujours avec sa petite boîte de prod, Fingerprint Releasing. Pour ce faire, il a ressorti une de ses vieilles idées et l’a donnée à ses potes scénaristes James Greer et Jonathan Bernstein. Puis il a tourné dans un hôpital récemment fermé près de New York, avec un iPhone 7, en seulement dix jours avec un budget dépassant tout juste le million de dollars. Avec pour tête d’affiche Claire Foy, qui a séduit le réalisateur avec son discours aux Golden Globes et aura une année chargée (elle sera bientôt à l’affiche d’un nouveau Millenium et de First Man de Damien Chazelle), Paranoïa est arrivé dans nos salles en plein été – avec l’intention de créer la surprise au box office ?

Avec ses modestes conditions de production, Paranoïa ne devrait pas avoir de mal à rentrer dans ses frais. En revanche, charmer le public de thrillers sera une autre paire de manches pour une série B assez boursouflée. Pourtant, Soderbergh et son duo de scénaristes entrent vite dans le vif du sujet : il ne faut que quelques minutes pour que la pauvre Claire Foy, jouant très bien la peste bureaucratique indiquée par le scénar, se retrouve internée contre son gré par une manigance apparemment fréquente chez les institutions psychiatriques vénales. Mais une fois entre les murs de l’établissement, le film s’effiloche entre un propos politique (le système de santé américain conquis par un sale capitalisme) et une histoire de folie incertaine (l’héroïne reconnaît-elle vraiment son harceleur ?), les deux thématiques se développant chichement en parallèle. Mais dans un cas comme dans l’autre, Paranoïa s’essouffle au bout d’une heure de métrage, Soderbergh tentant de faire illusion avec un dénouement bavard et gore, histoire de se convaincre qu’il est bien en train de signer un thriller. Il y a donc un déséquilibre manifeste entre la modestie des moyens de Soderbergh et l’ambition de ses thématiques, assez symptomatique d’une époque où film d’auteur et film de genre essaient de cohabiter plus consciemment qu’autrefois mais pour un résultat pas plus satisfaisant d’un côté comme de l’autre.

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Pas folle, Sawyer (Claire Foy) ne vas pas se laisser avoir par la première blouse blanche venue.

Et Paranoïa est entièrement tourné avec un iPhone par-dessus le marché. Toutefois, si vous demandez à Steven Soderbergh ce qu’il en pense, il vous répondra : « Je pense que l’iPhone était nécessaire pour me permettre d’obtenir le style que je recherchais. Reste que je me demande si je n’aurais pas dû garder le secret et dire que j’avais tourné avec une Bolex 16 mm, histoire de voir comment le public aurait réagi. » Effectivement, la petite caméra d’Apple est loin de n’être qu’un gadget, elle met surtout en évidence l’intimité et l’enfermement propre à Paranoïa et communique une tension libre d’astuce scénaristique. Avec son format carré et son esthétique de gros plan, filmant le plus souvent à très courte focale, arrondissant les bords du cadre, Soderbergh enferme son héroïne – et le spectateur avec elle – dans une bulle. Le parti pris est si payant qu’on oublie vite la caméra qui le permet. Même confortablement installé dans ses limites, Paranoïa offre au moins des images singulières à même de le laisser un temps dans nos mémoires. Mais beaucoup moins longtemps qu’un Shock Corridor dont il est la version cheap.

BASTIEN MARIE


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