Police Fédérale Los Angeles

mv5bmtu1odyxntc0nf5bml5banbnxkftztgwotu1otc1mde-_v1_To Live and Die in LA Polar américain (1985) de William Friedkin, avec William Petersen, Willem Dafoe, John Pankow, Debra Feuer, Darlanne Fluegel, John Turturro et Dean Stockwell – 1h56

Après que son mentor ait été abattu de sang-froid par Rick Masters, le faux-monnayeur qu’il traquait, Richard Chance jure de se venger et, avec son nouveau coéquipier John Vukovich, ne recule devant rien pour faire tomber Masters…

Au cœur des années 80, se remettant de l’échec cinglant du Convoi de la peur et de la polémique provoquée – volontairement ? – par Cruising, William Friedkin se passionne pour le roman To Live and Die in LA (Voir Los Angeles puis mourir en français) écrit par Gerald Petievich, un ancien agent des services secrets qui raconte la traque d’un faux-monnayeur mégalo par des collègues fictifs. Friedkin en tire rapidement un scénario, étoffé par quelques expériences passées de l’auteur (comme la protection du Président quand il passe par la Californie), et obtient de la MGM un budget de 8 millions de dollars pour un Police Fédérale Los Angeles qui se verrait bien comme un nouveau French Connection quinze ans plus tard, avec course poursuite en voiture à l’appui. Préférant mettre son pognon face à la caméra plutôt que dans la poche de stars hollywoodiennes (surtout depuis qu’Al Pacino lui en a fait voir de toutes les couleurs sur Cruising), Friedkin retrouve son flair de découvreurs de talents en confiant les rôles principaux aux jeunes et peu expérimentés Willem Dafoe, John Turturro, John Pankow et William Petersen, ces deux derniers faisant même leur première apparition sur grand écran après être devenus copains dans une troupe de Chicago. Avec sa BO signée par le groupe Wang Chung, auréolé du succès de Dance Hall Days, et filmant Los Angeles comme un Michael Mann filme un épisode de Deux Flics à Miami, Friedkin se met donc au diapason des 80’s. Le succès de Police Fédérale Los Angeles sera alors trop mince pour relancer la carrière du réalisateur, mais avec le temps, son escapade californienne sera reconnue comme l’un de ses meilleurs films.

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Richard Chance (William Petersen), super-flic de L.A., s’offre un petit moment de répit au bar.

Police Fédérale Los Angeles commence sur le convoi présidentiel de Reagan, drapeaux au vent, remontant les boulevards jusqu’à un luxueux hôtel. Sortent des voitures brillantes les deux héros, Jim Hart et Richard Chance, en costard avec oreillette et lunettes de soleil. Plus tard, les deux bros déjouent une attaque terroriste sans dire un mot, sinon un « je suis trop vieux pour ces conneries » lâché une fois le danger écarté, en partageant une clope au sommet de l’hôtel surplombant la cité des anges illuminée. Le générique commence avec des lettres flashy sur fond de palmiers de Los Angeles, avec Wang Chung entonnant la chanson titre. Le style Friedkin se reconnaît peu dans cette émule de buddy movie 80’s. On reconnaît bien mieux le cinéaste quand Masters se met au travail, dupliquant ses faux billets dans un rigoureux montage quasiment documentaire, avec une méthode si précisément démontrée que l’équipe du film se voyait déjà embarquée par les flics pendant le tournage de cette séquence. Ensuite, Jim Hart vient, seul, coffrer Masters, échoue lamentablement et se fait salement abattre par le faussaire. Quelques jours plus tard, Chance trouve le cadavre de son bro abandonné dans une benne à ordures, se laissant envahir par une soif de vengeance en même temps que Police Fédérale Los Angeles se laisse envahir par le style retrouvé de Friedkin, flinguant très tôt le buddy movie attendu pour revenir à un polar sauvage et obsessionnel digne de son aîné French Connection.

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Rick Masters (Willem Dafoe) reproduit méticuleusement ses faux billets. Si Friedkin pouvait voir lui aussi autant de pognon sur ses photogrammes…

Si le caractère méchamment tête brûlée de Chance, joué par un William Petersen fiévreux, est propre aux héros borderlines de Friedkin, le cinéaste préfère s’identifier à son antagoniste Rick Masters, artiste frustré préférant exercer son art dans la confection de faux billets, et ça en dit long sur le cynisme de Police Fédérale Los Angeles. Comme son faussaire, liant l’art à l’économie, Friedkin se montrerait presque opportuniste à se plier à la mode 80’s si ce n’était pour mettre en évidence la fausseté généralisée du monde qu’il explore. Dans un L.A. beaucoup plus mal-famé que celui qu’on montre aux touristes, Chance plonge dans un monde factice, dans lequel la barrière entre bien et mal disparaît à force d’agents undercovers l’outrepassant constamment. Tout n’est que déguisement, manipulation et copie, jusqu’au puissant final que je me garde bien de vous révéler. Le sommet du film et de sa confusion est atteint un peu avant, avec l’hallucinante course poursuite, rivalisant aisément avec celle de French Connection, dans laquelle Chance et son partenaire paniqué se lancent sur l’autoroute à contre-sens, poursuivis par un flot ininterrompu d’assaillants anonymes, dont on ne sait pour qui ils travaillent. Tant pis, Friedkin fonce et nous expliquera ensuite, explosant au cœur des années 80 auxquelles il apporte une urgence, une furie, une noirceur subsistants de la décennie précédente et encore brûlants aujourd’hui.

BASTIEN MARIE

Autres films de William Friedkin sur le Super Marie Blog : Le Convoi de la peur (1977) ; Bug (2007) ; The Devil and Father Amorth (2018)


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