Au poste !

au-poste-affiche-1021324Polar absurde (2018) de Quentin Dupieux, avec Grégoire Ludig, Benoît Poelvoorde, Marc Fraize, Anaïs Desmoustier, Philippe Dusquene et Orelsan – 1h13.

Fugain est interrogé par le commissaire Buron à propos de la découverte d’un cadavre. Le flic se montre bien décidé à tirer les verres du nez à celui qui devient vite son suspect. La nuit promet d’être longue…

Après Réalité, on pouvait légitimement se demander ce qu’allait bien pouvoir faire Quentin Dupieux, le film s’imposant comme une forme d’aboutissement à un début de carrière déjà foisonnant. Après être allé ainsi au bout de son labyrinthe du non-sens, notre drôle d’Oizo changerait-il d’air ou poursuivrait-il dans le même sillon absurde quitte à se répéter ? Au poste ! nous apporte une réponse logique (si tant est que la logique est à faire chez Dupieux…) : les deux mon capitaine !

Les détracteurs, qui de toute façon pensaient la même chose pour Réalité, trouveront que la machine Dupieux commence sérieusement à tourner à vide. Ça serait pourtant passer à côté d’une petite révolution dans son cinéma puisque le réalisateur pose pour la première fois sa caméra et son intrigue dans son pays d’origine. Exit les paysages désertiques, les banlieues californiennes et les flics en uniforme, Dupieux délaisse cette imagerie américaine qui définissait en partie son esthétique mais, toujours bien décidé à œuvrer dans un univers purement fictionnel, opte cette fois-ci pour un style 70’s très marqué, entre costume vintage, moustache et décors urbains témoignant de l’idéal désuet d’une modernité bétonnée (le film est d’ailleurs principalement tourné dans l’ancien siège du Parti communiste signé par Oscar Niemeyer). Alors que la trame d’Au poste ! renvoie directement au Garde à vue de Claude Miller, le film évoque plus généralement les polars d’Alain Corneau ou, vous aurez surement capté la référence dès l’affiche, d’Henri Verneuil. Ce retour à domicile permet également à Dupieux de se frotter plus directement à la langue française, en profitant ainsi pour soigner davantage ses dialogues, ce qui ne manque pas, ambiance 70’s en plus, de le placer encore plus dans la filiation directe du grand maître de l’absurde qu’est Bertrand Blier.

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Y’a quelque chose de pas clair dans cette histoire…

Si Dupieux est loin de livrer ici son film le plus barré, se voulant au contraire plus accessible que jamais, on ne peut pas dire pour autant qu’il s’est assagi. Si son intrigue de huis clos, semblant tout droit adapté d’une pièce de théâtre (il n’est pas interdit de penser au Père noël est une ordure…), cadre davantage son récit, le cinéaste s’amuse comme un petit fou sur ces dialogues, pimentés par un curieux mais familier virus linguistique, et des flashbacks forcément parasités par des interventions absurdes qui ne manquent pas de briser un quatrième mur qui avait déjà pris cher dès une introduction forcément « what the fuck ». Dupieux peut aussi compter sur un casting au diapason, de Benoît Poelvoorde, sans grosse surprise mais toujours impeccable, à Grégoire Ludig, dont la sympathie naturelle, à l’instar d’un Chabat dans Réalité, permet aux spectateurs de pouvoir s’identifier à au moins un personnage dans cette grotesque galerie, en passant par une Anaïs Desmoustier gourdasse comme jamais. Confirmant tout le bien qu’on pouvait penser de lui après Problemos, Monsieur Fraize, bien qu’amputé de la moitié du visage, vole littéralement la vedette en campant l’irrésistible Philippe, un flic naïf aussi consciencieux qu’incompétent. Du génie !

Dupieux oblige, on comprend vite que l’intrigue policière est surtout prétexte et ne mènera pas forcément quelque part (après, libre à vous d’y voir une réflexion sur l’impossibilité de cerner la vérité…), pas plus d’ailleurs que les péripéties qui viennent gâter l’interrogatoire de notre pauvre Fugain. Le cinéaste, qui a la bonne idée de ne jamais faire durer inutilement son film, opte donc pour un twist radical, pas follement original, d’autant plus pour les habitués de son cinéma, mais qui s’avère vite sympathique et (malgré tout) cohérent, sonnant même comme un petit doigt adressé à une partie de la production française. C’est pas parce qu’on raconte n’importe quoi n’importe comment qu’on n’a rien à dire et puis, c’est que ce genre de délire n’est jamais aisé à conclure, c’est pour ça.

CLÉMENT MARIE


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