L’Enfer des zombies

afficheZombi 2 Film d’horreur italien (1979) de Lucio Fulci, avec Tisa Farrow, Ian McCulloch, Richard Johnson, Al Cliver, Auretta Guy et Olga Karlatos – 1h31

Dans la baie de New York, un flic inspectant un voilier abandonné est tué par le zombie qui l’occupait. Le journaliste Peter West et Anne Bowles, la fille du propriétaire du bateau, se rendent sur l’île de Matul, au cœur des Caraïbes, à la recherche du père disparu. Sur place, l’ami de celui-ci, le docteur Ménard, leur explique que l’île est en proie à une invasion zombie d’origine vaudou…

On aurait bien du mal à se le cacher en voyant le titre original : L’Enfer des zombies est un film des plus opportunistes, s’autoproclamant suite tout à fait officieuse de Zombie sorti l’année précédente, ce qui n’a pas manqué de rendre furieux son producteur Dario Argento. Ainsi, en Italie, Zombi 2 suit directement Zombi qui s’écrit sans de l’autre côté des Alpes (il est bon de le rappeler tant on serait tenté de penser qu’ils auraient été jusqu’à changer l’orthographe pour esquiver le copyright). En France, on a traduit par un titre alternatif pour ne pas foutre Dario encore plus en rogne, tandis qu’aux States, où Zombie s’appelle Dawn of the DeadL’Enfer des zombies s’appelle… Zombie ! Pour diriger ce gros mélange de pinceaux, on a fait appel à Lucio Fulci, solide artisan du bis transalpin ayant œuvré dans tous les genres, du giallo au western spaghetti, et qui, avec cette première véritable incursion dans l’horreur pure, trouvera un nouveau souffle, aussi bref que dévastateur, sur sa fin de carrière.

L’Enfer des zombies, c’est donc un pur film d’exploitation confié à un cinéaste qui y trouvera son manifeste d’auteur. Une ambiguïté qui tient tout le film et qui s’avère aussi passionnante que drôle. Surtout quand on y voit une séquence où un zombie se bat contre un requin ! Certes, c’est une suite officieuse de Zombie mais si on peut aussi repomper Les Dents de la mer dans la foulée… De même, l’ambiance tropicale du film poursuit celle des films de cannibales qui font le bonheur des bisseux italiens de l’époque. Mais Fulci s’accommode avec une facilité déconcertante de ces obligations industrielles tout en y trouvant une occasion de laisser s’exprimer pleinement la morbidité de son cinéma (même ses westerns étaient particulièrement gratinés) dans une atmosphère fantastique du plus bel effet. Le maestro sait rendre justice à son décor caribéen, dont la moiteur suinterait presque de l’écran. Et plutôt qu’une île paradisiaque, il en fait un premier cercle de son enfer, balayé par des bourrasques menaçants de faire s’écrouler son église vétuste, dernier retranchement d’une vie en sursis face à la mort qui rôde. Littéralement, donc.

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Les beaux yeux de Mme Ménard (Olga Karlatos) sont bientôt de l’histoire ancienne…

L’importance du vaudou dans L’Enfer des zombies est peut-être totalement fortuit : n’ayant sans doute pas vu Zombie avant d’écrire cette « suite », ses instigateurs ont dû s’imaginer que le culte vaudou y tenait un rôle prépondérant alors qu’il n’est mentionné que très furtivement. Mais Fulci en prend à nouveau son parti, et oppose aux rituels vaudou un docteur Ménard (rien à voir avec Robert, rassurez-vous) qui échoue systématiquement à lui trouver une réponse rationnelle et scientifique. Idéal pour embellir définitivement le fantastique du film, mais aussi pour accentuer sa lourde fatalité. Et si Zombi 2 est trop déconnecté de son modèle pour pouvoir dialoguer avec lui, on peut cependant voir des similitudes et complémentarités inconscientes et passionnantes entre les mises en scène de Romero et Fulci. Tous deux ont la même façon de mettre en scène leurs zombies, comme une masse dangereuse mais pas forcément antagoniste, dont la lenteur, infiniment plus angoissante que leurs cousins infectés qui courent vite, nous force à regarder frontalement la mort inexorable, sociale chez Romero, métaphysique chez Fulci. L’un fait dans le zombie politique, l’autre dans le zombie poétique. Zombie, c’était une société qui mangeait l’autre ; Zombi 2, c’est une mort revenant du fond des âges, nous rappelant à elle, imperturbable, impassible, irréductible. Et ce n’est que le premier volet d’une quadrilogie aussi horriblement gore qu’absolument terrifiante de Fulci, descendant pelliculé de Dante…

BASTIEN MARIE


Une réflexion sur “L’Enfer des zombies

  1. Les films d’horreur et moi, ça fait deux ! Je suis bien trop froussard pour regarder cela. De plus, « L’enfer des zombies » a l’air très sanglant. Merci quand même pour ton article.

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