Trois visages

1492106Se rokh Drame iranien (2018) de Jafar Panahi, avec Behnaz Jafari, Jafar Panahi et Marziyeh Rezaei – 1h40

Behnaz Jafari, célèbre actrice iranienne, reçoit la vidéo d’une jeune fille qui, ayant voulu devenir actrice contre l’avis de sa famille, lui a demandé son aide en vain et se suicide. Bouleversée, Behnaz demande à son ami réalisateur Jafar Panahi de l’accompagner dans le village de la jeune fille pour la retrouver…

Trois visages est le quatrième film de Jafar Panahi depuis son interdiction de tourner par les autorités iraniennes, après notamment Ceci n’est pas un film (un titre bien choisi pour contourner ces autorités) et surtout Taxi Téhéran, un chef-d’oeuvre de cinéma clandestin, tourné intégralement depuis le tableau de bord d’un taxi, et dans lequel le cinéaste tentait de rire de son sort. Cette fois, Panahi s’associe à une actrice très connue en Iran, partant sur les traces d’une jeune fille elle aussi étouffée dans ses aspirations artistiques par la rigidité traditionnelle de sa famille. Encore une fois, Panahi, interdit de sortir de son pays, dut laisser un siège vide lors de la présentation cannoise de Trois visages et attendre son prix du scénario par la poste, comme pour l’Ours d’or reçu de Berlin pour Taxi Téhéran.

Si Trois visages est globalement moins réussi que son opus précédent, il débute en revanche par la même ruse de Jafar Panahi pour mettre en scène son interdiction de mettre en scène, brouillant les cartes entre documentaire et fiction. Le film commence par une vidéo qu’a tourné Marziyeh, la jeune actrice, avec son portable, se réappropriant les modestes moyens de tournage du réalisateur pour crier son désespoir. On voit ensuite la réaction de Behnaz Jafari filmé de l’habitacle d’une voiture, encore, et Panahi rassure sa mère au téléphone en lui disant qu’il n’est pas en train de débuter un nouveau film… alors que c’est précisément ce qu’il est en train de faire. Une fois n’est pas coutume, Panahi use d’effets de miroir (autrefois titre d’une de ses œuvres autorisées) pour lancer Trois visages, ceux de trois actrices de différentes générations confrontées au rigorisme de leur pays.

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Dans leur propre rôle, Behnaz Jafari et Jafar Panahi sont à la recherche d’un troisième visage pour leur film.

Mais ceci n’est qu’un fil rouge sujet à quelques digressions inégales dans un film aussi sinueux que les routes rurales qu’il traverse, en hommage au mentor Abbas Kiarostami, disparu il y a deux ans. La rencontre et les échanges des trois actrices ne sont donc pas toujours au premier plan, Panahi les tournant de loin, et s’ils nourrissent des séquences fortes (comme la réaction très violente de Behnaz quand elle retrouve Marziyeh), ils cèdent souvent la place à d’autres petites fables et à des incursions documentaires assez vagues. Panahi impressionne encore à tourner coûte que coûte, à sortir du cinéma de ses faibles moyens, mais la ruralité l’inspire moins que la capitale iranienne auparavant, et la mélancolie à laquelle il se confronte me touche moins que la légèreté audacieuse de Taxi Téhéran.

BASTIEN MARIE


Une réflexion sur “Trois visages

  1. Je n’ai jamais regardé un film iranien ! En plus, c’est le quatrième long-métrage réalisé par Jafar Panahi. Je ferais bien de suivre l’actualité du cinéma, il y a tellement de nouveautés. J’ai lu le synopsis et je le trouve fort intéressant !

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