Crazy Day

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En 1964, six adolescents du New Jersey foncent à New York pour aller voir le concert des Beatles au Ed Sullivan Show, avec ou sans tickets…

Tout juste sorti de l’école, auteur de deux courts-métrages, Robert Zemeckis écrit avec son pote Bob Gale le scénario d’un potentiel premier long, I Wanna Hold Your Hand, faisant revivre la Beatles-mania une quinzaine d’années plus tard. Le script est refusé par tous les studios, jusqu’à ce que Steven Spielberg, fort du succès inespéré des Dents de la mer et repérant déjà le potentiel des deux Bob, ne se porte garant, promettant de reprendre le tournage si celui-ci venait à déraper. Zemeckis se retrouve donc à la tête de son premier film, au tournage ridiculement court (il doit emballer toutes les scènes de foule en à peine une journée), situé à Los Angeles alors que l’action se déroule à New York, et sans la participation des Beatles sur laquelle le réalisateur aurait pu compter pour gonfler son budget. I Wanna Hold Your Hand fait un bide et sera destiné à l’oubli bien à l’ombre de Retour vers le futur et pourtant, grâce à sa récente ressortie en blu-ray, on peut aujourd’hui constater qu’il était un premier film très prometteur.

Crazy Day – du titre français de sa sortie en salles en 1985 chez nous, une fois le nom de Zemeckis devenu bankable – est loin d’être un film parfait. Comme dans 1941 dont ils avaient écrit le scénario, les deux Bob se livrent à une énergie un peu trop débordante, balançant leurs idées burlesques les plus folles sans avoir encore la discipline de bien les ordonner dans le script. Mais du coup, I Wanna Hold Your Hand en a plein, d’idées, se réappropriant la Beatles-mania (à tel point que le film dialogue avec A Hard Day’s Night dont il constitue une sorte de contre-champ) tout en le commentant avec beaucoup d’humour. Alors qu’à l’école il revendique des influences très populaires héritées de la télévision familiale, plus Walt Disney que Nouvelle Vague, Zemeckis fait un peu pareil avec son premier film, montrant dans la Beatles-mania un mouvement plus subversif qu’il n’y parait. Si tous les personnages sont amenés à mûrir dans leur quête des Beatles, comme l’impose le teen movie, le personnage de Janis, joué par Susan Kendall Newman (la fille de Paul Newman) connaît la transformation la plus éloquente. Se rendant à New York pour dénoncer ce qu’elle pense n’être qu’un coup marketing mainstream, bien loin de la contestation de ses idoles Bob Dylan et Joan Baez, elle va se rendre compte, notamment quand des fans s’insurgent contre des abus policiers, que le soulèvement de la jeunesse provoqué par les Beatles peut aussi être politique. Il anticipe également la libération sexuelle comme le prouve le personnage de Nancy Allen qui, après une escapade dans la suite d’hôtel vide des Beatles où elle connaît un grand moment d’érotisme avec un manche de guitare, va renoncer à son fiancé pour aller jouir librement au concert.

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Pam (Nancy Allen) s’est trouvé un sex-toy…

Et puis dans ces belles idées, il y en a quelques-unes qui laissent déjà transparaître des motifs qui seront ceux du futur Zemeckis, renforçant rétrospectivement I Wanna Hold Your Hand. Avec 1941, ce coup d’essai semble être, même dans son chaos, un réservoir à idées destinées à être affinées plus tard. Ainsi, des séquences seront reprises presque telles quelles dans Retour vers le futur, du coup de poing du soupirant adolescent et timide (et sa réplique : « Get your damn hands off her ! ») à l’escalade d’une antenne sous le tonnerre comme le fera le Doc sur l’horloge de Hill Valley. On y voit aussi un possible chantage sexuel tourner court à cause d’un jeu bien plus innocent et puéril, comme le picoti-picota de Qui veut la peau de Roger Rabbit. Mais sa plus belle idée, Zemeckis la trouve dans son irrésistible jeu de cache-cache avec les Beatles. Les suggérer par des morceaux de musique ou des silhouettes, passe encore, mais quand arrive le concert, il va bien falloir les montrer. Impossible alors de cadrer de près des doublures qui ne ressembleront jamais assez aux idoles des 60’s. Zemeckis a alors la trouvaille imparable de masquer les visages des doublures par des caméras et des moniteurs du plateau de télévision qui, eux, montrent les images d’archive du vrai concert au Ed Sullivan Show. Le futur réalisateur de Forrest Gump trouve alors une première occurrence des jeux avec les archives qui parsèmeront sa filmographie, trouvant déjà le moyen de faire jouer l’Histoire dans ses fictions. S’il restait donc au petit Robert à faire quelques efforts pour canaliser son énergie, il avait déjà de la suite dans les idées de son premier film.

BASTIEN MARIE

Autre film de Robert Zemeckis dans le Super Marie Blog : Alliés (2016)


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