Mutafukaz

mv5botc3mtvjmdetzdk4zi00m2i2ltk4yzctztkxnjvhndi0ogrlxkeyxkfqcgdeqxvynda5ndyyndy-_v1_sy1000_sx750_al_Film d’animation français, japonais (2017) de Shôjiro Nishimi et Guillaume « Run » Renard – 1h33

Angelino est un jeune loser parmi tant d’autres à Dark Meat City, mégalopole écrasée par le soleil de la Californie. Après un accident de scooter, il est sujet à de violentes migraines et d’étranges hallucinations. Puis quand il est pris pour cible par des hommes en costard, il n’a plus aucun doute : quelque chose de bizarre se trame…

Si Guillaume « Run » Renard avait pensé un jour porter Mutafukaz sur grand écran… Sortant des Beaux Arts sans savoir trop qu’en faire, Run crée au départ les personnages d’Angelino et Vinz pour une copine, puis les met en scène dans de petits strips. Il tourne un court-métrage, Opération tête noire, qui se fait remarqué, en particulier par le patron du studio Ankama, Anthony Roux, qui se trouve justement en train de monter sa propre maison d’édition, Label 619. Il propose alors à Run d’y développer la BD Mutafukaz qui connaît rapidement une petite hype. Parallèlement à la sortie des tomes, Anthony Roux, impressionné par le film Amer béton, s’approche du studio japonais 4°C et quand il leur propose une collaboration, ils portent leur dévolu sur Mutafukaz. Shôjiro Nishimi, directeur de l’animation sur Amer béton, devient le réalisateur de l’adaptation mais, pas très à l’aise avec l’univers de la BD et sa dimension West Coast, il invite Run à le coréaliser avec lui. Une bien belle histoire donc pour Mutafukaz qui, primé à Gérardmer, a la chance de débouler dans nos salles en lui espérant le plus beau succès possible (la participation d’Orelsan devrait aider).

Si Ready Player One reste la plus belle orgie pop de l’année, Mutafukaz aurait pu lui ravir le prix tant son univers baigne dans de nombreuses influences, justifiant amplement la coproduction japonaise. D’Akira (l’intrigue y ressemble beaucoup) à Men in Black (pour les hommes en noir qui poursuivent les héros), en passant par Jin-Roh (descente de flics oblige), le tout recouvert d’une bonne couche de John Carpenter (Invasion Los Angeles surtout, The Thing un peu, et L.A. nimbée des nappes électro signées Toxic Avenger), Mutafukaz accueille toutes ces références, pas seulement par la citation mais aussi par des détails parsemés dans la direction artistique colossale. L’animation elle-même est riche de nombreuses influences, pas seulement du manga (on sent Run spectateur du Club Dorothée) mais aussi du street art, de la calligraphie, de l’esthétique hip-hop, etc. Beaucoup s’écroulerait sous un tel amas référentiel mais Mutafukaz peut compter non seulement sur son décor de Dark Meat City, immense mégalopole constituée de pas mal de récup, mais aussi sur son scénario allant constamment de l’avant, empêchant son univers de se figer.

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Angelino (Orelsan) à quelques secondes d’une révélation…

Un scénario qui était obligé de tailler dans le matériau d’origine (y en a pour près de 600 pages tout de même) pour ne pas surcharger le spectateur. Et Run s’en est minutieusement chargé, sacrifiant certes pas mal de choses (j’aurais aimé que les catcheurs mexicains, protecteurs de l’humanité, aient un rôle plus conséquent) mais sans jamais donner l’impression de se brider pour autant. Si l’énergie de Mutafukaz connaît quelques contre-coups (le film peine à se renouveler après avoir exploré les origines d’Angelino), elle reste globalement réjouissante, séduisant par son esprit anarchique et parfaitement relayée par l’animation du studio 4°C. En particulier dans les séquences d’action jouant habilement du rythme pour faire s’agripper les spectateurs à leurs sièges. Surtout qu’Angelino et Vinz, doublés par Orelsan et Gringe évidemment taillés pour le rôle, sont des personnages très attachants dans leur quête d’identité dans le marasme de Dark Meat City. C’est surtout ça qui fait le charme de Mutafukaz : embrassant tout un globe d’influences, de la Californie au Japon, le film y place modestement son style qui n’appartient qu’à lui.

BASTIEN MARIE


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