The Third Murder

mv5bmmy4ntm2ngetmgm1ys00mzvklwfjywytmtzmnjdlymjmm2vlxkeyxkfqcgdeqxvynti4odg2mjc-_v1_三度目の殺人 Sandome no satsujin Film judiciaire japonais (2017) de Hirokazu Kore-eda, avec Masaharu Fukuyama, Koji Yakusho et Suzu Hirose – 2h04

L’avocat Shigemori est chargé de défendre Misumi, accusé de vol et d’assassinat sur son patron alors qu’il avait déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant. Le procès semble perdu d’avance, surtout que Misumi a immédiatement avoué son crime malgré la condamnation à mort qui pèse sur lui. Pourtant, au fil de l’enquête, Shigemori commence à douter de la culpabilité de son client…

Hirokazu Kore-eda s’est fait un spécialiste de films sur la famille, souvent primés à Cannes, de Nobody Knows (2004) à Après la tempête (2016), en passant par Tel père, tel fils (2013) et Notre petite sœur (2015), sans oublier évidemment sa toute récente Palme d’or pour Une affaire de famille. Pour The Third Murder en revanche, il se permet un double écart : déjà le film fut présenté non pas à Cannes mais à Venise (sans doute un hasard de calendrier pour un cinéaste de plus en plus prolifique) mais c’est aussi un thriller judiciaire, première incursion dans le genre de Kore-eda (même si ses thématiques familiales y subsistent). Le film lui fut inspiré par les avocats présents comme consultants sur le plateau de Tel père, tel fils et qui, lui racontant leur métier, lui ont dit que la vérité était une notion toute relative dans les palais de justice.

Cette quête impossible de la vérité est donc ce qui va préoccuper Hirokazu Kore-eda pendant l’essentiel de The Third Murder, quand bien même l’enquête semble toute faite avec l’aveu immédiat du meurtrier. Mais la vérité n’intéresse personne : l’accusé change constamment sa version des faits, les avocats ne pensent qu’en terme de stratégies judiciaires, le juge se préoccupe davantage de sa réputation que de l’issue du procès, l’épouse de la victime occulte les méfaits de son défunt mari, etc. Et le pauvre avocat Shigemori ne peut être sûr de rien, se faisant même avoir par les larmes factices de sa propre fille. Dans cette incertitude constante, le spectateur lui-même se met à douter de tout. Pourtant, le meurtre nous est montré dès la première séquence du film, mais Kore-eda la rejoue ensuite dans des versions oniriques qui nous amène à reconsidérer la prétendue véracité de cette ouverture. Le réalisateur s’amuse donc à brouiller les pistes pour mettre en évidence l’illusion d’une justice avec un grand J, pas aussi rigoureuse, établie et catégorique qu’elle n’en a l’air (même un juge reconsidère sa position sur la peine de mort).

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Shigemori (Masaharu Fukuyama) et son client Misumi (Koji Yakusho) en pleine discussion au parloir, mais j’aurais juré qu’il y avait une vitre entre eux…

Bien que portée avec conviction, la réflexion de Hirokazu Kore-eda ennuie par moment et n’est pas aussi édifiante qu’on l’aurait voulu, la faute à une inexpérience manifeste du cinéaste dans l’écriture d’un thriller. Le principal défaut de The Third Murder est de garder le spectateur dans le même flou que ses personnages. Les théories s’y accumulent sans qu’aucune n’ait plus de force qu’une autre, le spectateur n’y trouve aucune intuition personnelle, et on se résigne vite à même effleurer une vérité dont on est jamais persuadé. Cependant, ces lacunes scénaristiques sont rattrapées par la mise en scène maîtrisée de Kore-eda, en particulier sur les scènes de parloir. Si celles-ci n’ont souvent qu’une fonction purement narrative, relançant une intrigue menaçant de stagner (à l’exception notable du Silence des agneaux, bien sûr), Kore-eda profite au contraire de ces entrevues entre l’avocat et l’accusé pour parfaire sa mise en scène et en faire progressivement les séquences les plus troublantes de The Third Murder. Respectant d’abord les rapports de force de la justice (les avocats sont trois dans le champ face au seul accusé dans le contrechamp), Kore-eda égalise ensuite ces rapports en cadrant Misumi et Shigemori de profil de chaque côté du Scope effaçant en son centre la vitre qui les sépare. Puis il superpose les visages des deux interlocuteurs sur les reflets de la vitre, multipliant les facettes de l’affaire, montrant le point de vue de l’avocat se perdre dans celui de son client. A défaut de nous stimuler par son intrigue, The Third Murder offre donc quelques énigmes visuelles du plus bel effet, valorisant la jolie tentative de cinéma de genre de Kore-eda.

BASTIEN MARIE


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