Death Wish

2800359Vigilante américain (2018) d’Eli Roth, avec Bruce Willis, Vincent d’Onofrio, Dean Norris, Kimberly Elise, Beau Knapp, Camila Morrone et Elisabeth Shue – 1h47

A Chicago, après un cambriolage qui a coûté la vie à sa femme et plongé sa fille dans le coma, le chirurgien Paul Kelsey décide de prendre les armes pour se venger des coupables…

Ce remake de Death Wish s’est fait longuement attendre. D’abord porté par Sylvester Stallone devant et derrière la caméra, se confrontant à la timidité des producteurs, c’est ensuite Joe Carnahan (Narc) qui s’occupe du projet, posant les grandes lignes du scénario (on lui doit notamment de faire de Kelsey un chirurgien plutôt qu’un architecte) mais quittant le navire une fois Bruce Willis casté alors qu’il voulait Liam Neeson, son pote du Territoire des loups. Le film est ensuite repris par Aharon Keshales et Navot Papushado, le duo de réalisateurs israéliens de Big Bad Wolves (2013), qui s’en vont à leur tour quand on leur interdit de toucher au scénario. Ironiquement, c’est bien des réécritures plus tard (seul Carnahan est crédité par intervention de la guilde des scénaristes) qu’Eli Roth est finalement engagé, situant l’action à Chicago. Ce pourrait être un clin d’œil à la série originale (après avoir nettoyé New York, on demande à Kelsey de se faire oublier en Illinois à la fin du premier film), ce pourrait être pour la proximité avec le Canada où le film a été tourné, mais c’est aussi parce que la ville accuse dernièrement une hausse de la criminalité. Premier remake officiel d’un Roth qui n’a cessé de faire du pied aux films d’exploitation d’antan, Death Wish a fini par arriver dans nos salles avec, si l’on en croit ces remous de production, une très étroite surveillance des exécutifs.

Pour autant, aussi bridé soit-il, Eli Roth fait mumuse avec son Death Wish à lui, un remake ayant moins à voir avec la noirceur du premier film qu’avec les dérives nanardesques de ses suites. Après une exposition sérieuse (mais pas tant que ça puisque le crime originel est chichement hors-champ), Roth s’éclate avec la généreuse quête vengeresse de son héros, bardée de punshlines, gentiment violente, assez bien écrite pour faire illusion (Kelsey se sert de son travail de chirurgien pour retrouver les assassins de sa femme plutôt que de tomber dessus par le plus grand des hasards). Roth persévère dans son style goguenard, idéal quand on a un Bruce Willis usé en haut de l’affiche, et avec quelques séduisantes velléités de mise en scène (comme l’écran splité mettant en parallèle Kelsey médecin et Kelsey justicier). Pour les spectateurs peu gourmands, ce Death Wish cuvée 2018 sera au moins amusant, plein de sarcasme propre à l’auteur de Knock Knock. En revanche, si vous cherchez un peu de substance, vous pouvez passer votre chemin.

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Le chirurgien Paul Kelsey (Bruce Willis), très attentif au choix de ses instruments pour l’opération.

Au fil des ans, Death Wish est devenue une série de plus en plus ridiculement réac qui pousserait les instigateurs d’un remake à le manier avec précaution. La scène d’ouverture du film, dans laquelle Willis échoue à sauver un flic touché par balles avant d’aller soigner le tireur, laissait penser que c’était le cas. Mais très vite, on se rend compte qu’en fait que non, que le scénario de Joe Carnahan est passé à la machine à laver (et le background de Kelsey a bien rétréci au lavage) et qu’il ne reste plus à Eli Roth qu’à marcher sur des œufs. Ne pouvant décemment pas assumer la position de Michael Winner, à droite d’Attila le Hun, ce Death Wish moderne brille par sa pleutre neutralité, n’osant prendre aucune position sur ses thèmes (faire justice soi-même, libre circulation des armes, etc), effaçant la froideur du visage impassible de Charles Bronson par le fameux sourire en coin de Bruce Willis. Pour faire passer la pilule de sa vacuité politique, Roth fait croire qu’il modernise le récit (Internet, ses vidéos virales, ses tutos et ses podcasts y tiennent un rôle important), ce qui lui permet surtout de décharger son propos dans un contexte médiatique aussi peu développé que dans un vulgaire film de super-héros (ça ferait redouter le retour de Willis à ses habits d’Incassable). Plutôt que de composer avec l’aura sulfureuse de son modèle, Death Wish 2018 se contente donc de s’en moquer, victime du syndrome Deadpool. Comme le présageait Carnahan, cela ne donne qu’un remake inutile de plus, un vigilante sous anesthésie.

BASTIEN MARIE


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