L’Apparition

4416684Drame français (2018) de Xavier Giannoli, avec Vincent Lindon, Galatéa Bellugi, Patrick d’Assumçao, Anatole Taubman et Elina Löwensohn – 2h17

Reporter de guerre pour Ouest France, en deuil de son collègue photographe, Jacques reçoit un coup de téléphone du Vatican. Dans une petite ville du sud-est de la France, une jeune fille de 18 ans a affirmé avoir eu une apparition de la Vierge Marie. Un phénomène qui prend une telle ampleur que des milliers de pèlerins s’y rendent. Bien qu’étranger au monde religieux, Jacques accepte de faire partie d’une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur ces événements…

Xavier Giannoli s’intéresse trop au mystère et à l’arnaque pour ne pas se pencher un jour sur la religion. C’est aujourd’hui chose faite avec L’Apparition dans lequel Vincent Lindon a pour tâche de documenter une affaire d’apparition donc, pour en laisser la reconnaissance officielle par le Vatican. S’étant lui-même renseigné sur ces authentiques commissions d’enquête, recrutant des professionnels (journaliste, médecin, psychologue…) pas forcément croyants, Giannoli en retire une fable moderne dont il a le secret depuis A l’origine avec ce nouveau film flirtant agréablement avec le thriller pour un résultat aussi excellent que le film susnommé, questionnant le sacré dans une époque qui ne veut plus s’en embarrasser. La preuve avec la discrète exploitation du film en salles : les exploitants auraient-ils peur que les spectateurs voient la Vierge dans leurs cinémas ?

Mais n’ayez pas peur du contexte religieux de L’Apparition. Xavier Giannoli ne fait guère de prosélytisme ni ne charge d’ailleurs l’Église. Il ne rouvre aucun vieux dossier du catholicisme (quand Jacques s’interroge sur la relation entre Anna et le père Borrodine, on lui dit : « Sérieux, vous êtes encore là-dessus ? »). A peine évoque-t-il des divisions de paroisse, provoquées par le phénomène, ou la commercialisation de celui-ci par le prêtre allemand mégalo. L’Apparition est plutôt prosaïque, à l’image du personnage principal, n’ayant de religieux que sa première communion, comme tout le monde serait-il tenté de dire. Le film n’est vraiment qu’une enquête très terre-à-terre, dans laquelle le catholicisme ne pourrait presque être qu’un folklore dont on s’étonne parfois (sérieux, ça existe les exorcistes ?). Tout comme cette commission d’enquête donc, devant réunir d’éventuelles preuves de l’apparition, dont la nature ne sera définie qu’ultérieurement de toute façon. L’existence de Dieu n’est donc bien qu’une impasse puisque, par définition, on ne peut pas prouver une foi, comme le rappelle l’excellente Elina Löwensohn. De la religion, Giannoli en retire surtout l’idée de croyance, beaucoup plus primordiale.

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Jacques (Vincent Lindon) aurait-il trouvé son idole avec Anna (Galatéa Bellugi) ?

L’Apparition tourne autour de deux personnages, Jacques et Anna, le premier étant toujours aussi bien campé par Lindon, la seconde par Galatéa Bellugi, une révélation dont le regard intrigue (ce qui tombe bien pour quelqu’un prétendant avoir eu une vision). Et deux personnages dont les destinées sont liées plus qu’ils ne le croient – ce qui m’amène à raconter tout le film, donc vous pouvez arrêter de lire maintenant, je ne vous en voudrai pas. Tous deux ont perdu métaphoriquement la vue avec un ami. Jacques dès le début du film avec l’appareil photo brisé et ensanglanté, celui de son défunt photographe. Anna avec Meriem, sa meilleure amie enfuie au lendemain de l’apparition, et dont on saura plus tard que c’est elle qui a eu les visions, Anna se sacrifiant pour elle en endossant un mensonge. Jacques et Anna ont donc deux amis qui voyaient à leur place. Depuis, Jacques obstrue les fenêtres de chez lui, mais c’est en un coup d’œil qu’il fait basculer son histoire : soudain, il aperçoit la boiserie de la Vierge, aveuglée par des impacts de balles, prise en photo autrefois par son collègue sur le front. C’est par ce coup du destin – coïncidence ou miracle, c’est à vous de croire – que Jacques va retrouver la trace de Meriem, croire en l’apparition et remettre, dans un très beau final, la relique abîmée au pied de son monastère. Un genou à terre, Jacques ne sait toujours pas s’il croit, mais au moins il voit. Et ça, si c’est pas une profession de foi de cinéaste de la part de Giannoli…

BASTIEN MARIE


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