Everybody Knows

mv5bymrlmtc0zgetmje0zs00oty5lthln2itytm1odjimdu5zjfmxkeyxkfqcgdeqxvymta0mju0ng-_v1_sy1000_cr007341000_al_Todos lo saben Drame espagnol, français, italien (2018) d’Asghar Farhadi, avec Penelope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin – 2h12

Laura revient avec ses enfants dans son village natal au cœur d’un vignoble espagnol pour le mariage de sa sœur. Mais dans la soirée, sa fille est enlevée, événement tragique qui fait resurgir un passé enfoui…

Ça y est, le festival de Cannes a commencé (avec un Edouard Baer fabuleux) et avec lui le sport favori des critiques et cinéphiles français : le cassage de sucre sur le dos de Thierry Frémaux. Sélectionneur de Cannes ou de l’équipe de France, même combat quand il s’agit d’essuyer les critiques de tout le monde ayant un avis sur la question. Alors qu’il est absurde de juger a priori une sélection, comme de la débriefer à l’envie avec le palmarès quand on sait que celle qui aura le dernier mot, c’est l’Histoire du cinéma. Surtout que cette année, Frémaux a opté pour un renouvellement de la compétition, composée de noms peu connus ou étonnants (on a envie d’y croire au comeback de Spike Lee !), coupant ainsi autant d’herbe qu’il peut sous le pied de ses détracteurs. Peut-être pour faire passer la pilule, il ne s’est en revanche pas trop mouillé pour le film d’ouverture, Everybody Knows, signé d’un gars sûr, Asghar Farhadi, avec le beau couple de stars Bardem et Cruz pour illuminer le tapis rouge.

Everybody Knows est le huitième film de Farhadi en une quinzaine d’années durant lesquelles il s’est imposé comme l’auteur le plus prestigieux de la nouvelle vague iranienne. Depuis son passage en France avec Le Passé, il s’est trouvé comme allié le producteur Alexandre Mallet-Guy qui produit et distribue tous ses films depuis. Il lui a permis de retarder la production d’Everybody Knows pour retourner en Iran tourner Le Client : retour gagnant puisque doublement primé à Cannes avant de remporter l’Oscar du meilleur film étranger. Comme s’il n’avait pas assez de prix comme ça pour attirer dans son giron Javier Bardem et Penelope Cruz qui partagent l’écran pour la cinquième fois. Cependant, il y a peu de chances pour que l’escapade espagnole de Farhadi connaisse le même triomphe que ses œuvres précédentes…

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Laura (Penelope Cruz) découvre la disparition de sa fille un soir de mariage. Le noir était de rigueur, donc.

Pourtant, Everybody Knows commence plutôt bien. La belle Penelope retrouve son village, sa famille et son amant Javier (jouer des amants à l’écran renforcent-ils les liens du mariage à la ville ?). Dans la joie et la bonne humeur car les tracas financiers de chacun importent moins que la fête à venir, les regards des villageois curieux n’ont d’autres buts que d’alimenter les conversations des prochains jours, et on est vite attendri. La fille de Penelope a bu un coup de trop, elle va se coucher, et là, c’est le drame… L’événement bouleverse la famille, et les dettes et rancœurs refont surface. Tout ça semble tellement téléphoné que même le mari argentin reçoit le coup de fil et déboule en Espagne pour encore compliquer les choses. Everybody Knows n’est en fait qu’une classique histoire de rançon et de famille, parfaitement calibrée pour un futur dimanche soir sur France 2.

Si Everybody Knows est si sage, c’est tout simplement parce qu’il est déraciné. D’Une Séparation au Client et même dans Le Passé, Asghar Farhadi usait de ses drames pour parler surtout de celui de l’Iran. Arrivé en Espagne, il n’a pas grand chose à en dire et son histoire sonne creux, servant essentiellement à tailler un joli costume à ses acteurs (Baer n’avait donc pas tort de leur dire qu’ils avaient le droit de se trouver beau à l’écran). Si Javier Bardem et Ricardo Darin sont très bons, Cruz pleure surtout la disparition de sa fille et devrait avoir moins de chances que Bérénice Bejo au palmarès. L’enquête assez basique et le drame familial sont assez bien écrits pour s’attacher un intérêt poli mais n’émeut pas du tout, les révélations étant peu surprenantes. Et en l’absence d’une vraie oppression encerclant les personnages, le titre Everybody Knows semble plutôt se référer aux spectateurs, déjà bien au courant en effet de comment tout ça se termine…

BASTIEN MARIE


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