Dans la brume

3907769Film catastrophe français, canadien (2018) de Daniel Roby, avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin, Anna Gaylor et Michel Robin – 1h29

Une famille, dont la fille malade ne peut sortir de son cocon, tente de survivre à une catastrophe qui a noyé Paris sous une brume mortelle…

Le cinéma de genre français est-il possible ? Une éternelle question, ranimée dernièrement avec les nominations de Grave aux Césars, à laquelle Dans la brume, film catastrophe produit notamment par TF1, entend bien apporter une réponse. A la base du projet, il y a le scénariste et producteur Guillaume Lemans qui, fort de ses succès avec Fred Cavayé (Pour elle, A bout portant) et Yann Gozlan (Un homme idéal), semble cette fois avoir préparé un véritable plan d’attaque pour imposer le genre en France. Dans la brume est déjà le troisième film qu’il sort cette année après le film d’action Burn Out et le film de zombies La Nuit a dévoré le monde. Confié au réalisateur canadien Daniel Roby et porte par le couple de stars Romain Duris et Olga Kurylenko, Dans la brume est le plus ambitieux, noyant Paris dans un étrange brouillard. Malheureusement, lâché par son distributeur, sacrifié par la redoutable mécanique de l’exploitation française, Dans la brume n’a pas trouvé son public (même pas 150 000 entrées en première semaine, aïe). Et à l’heure où j’écris ces lignes, je doute fort qu’une salle près de chez vous le joue encore…

Et c’est dommage car même si Lemans a encore quelques projets sous le coude, on ne va pas avoir beaucoup d’autres propositions si ambitieuses. Malgré ses défauts, on a évidemment envie de défendre Dans la brume pour cet idéal de genre français qu’il laisse entrevoir. Daniel Roby n’est pas tombé dans beaucoup de pièges. Ses personnages sont convaincants et assez bien développés pour qu’on les suive, entre l’idéaliste Duris et la raisonnée Kurylenko. L’écriture très interactive du film fait qu’on s’attache à eux très vite, d’autant plus qu’ils veulent sauver leur fille (la question de la parentalité est d’ailleurs plus décisive qu’elle n’en a l’air, mais je ne peux pas en dire plus à ce sujet). La catastrophe surgit rapidement dans le film, s’inspirant modestement de La Guerre des mondes, offrant d’amples images de fin du monde. De là, Roby a la bonne idée de garder la tête froide, de canaliser son survival, de rester consciencieux dans son récit de la catastrophe ; bref, de retourner un peu contre lui-même l’esprit cartésien français qui rendrait, dit-on, le fantastique impossible en France. Alors que Dans la brume fait monter le suspens sans se perdre en digression mais en s’attachant plutôt à des images succinctes alimentant son mystère.

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Mathieu (Romain Duris) et ses compagnons d’infortune se tiennent sur leur quai des brumes.

L’autre bonne idée du film pour nationaliser le genre, c’est de s’attacher au drame d’appartement qu’on joue tant de fois dans nos salles. Voulant apporter dans la capitale une catastrophe digne de celles des blockbusters hollywoodiens, Dans la brume devient parisien jusqu’au bout des ongles. La brume recouvrant les pavés, le film déplace son action sur les toits de Paris devenant des îlots, donnant des plans larges et aériens du plus bel effet, comme si le Henri Verneuil de Peur sur la ville fricotait avec Irwin Allen. Dans la brume a du cachet donc, même si la mise en scène parait un peu anonyme. C’est qu’il s’agit plus d’un film de scénariste ou de producteur que de réalisateur, tirant moins son intérêt dans la mise en scène que dans son concept et son efficacité pour mieux se « vendre ». Un gros mot la plupart du temps, mais pas dans le cas de ce film-ci dont l’enjeu principal était de se faire une place dans le marché français. En attendant de voir si d’autres productions oseront se faufiler dans la brèche, on peut se dire que Dans la brume servira au moins de jurisprudence pour contrer ceux qui pensent encore que le genre français est voué à l’échec. Faux, il peut être réussi, il ne reste plus qu’à lui permettre de rencontrer son public.

BASTIEN MARIE


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