Hair

mv5bmzuwmzq1njk1nv5bml5banbnxkftztgwoda0mjkwmte-_v1_Comédie musicale américaine, allemande (1979) de Milos Forman, avec John Savage, Treat Williams, Beverly d’Angelo, Annie Golden, Dorsey Wright, Cheryl Barnes et Nicholas Ray – 2h01

Passant quelques jours à New York avant son service militaire, Claude Bukowski sympathise avec un groupe hippie mené par George Berger. En traînant avec eux, Claude rencontre Sheila, fille d’une famille aisée, et tombe amoureux d’elle…

Triste coïncidence : le lendemain de la disparition de Milos Forman, Hair (que je n’avais jamais vu) passait au cinéma près de chez moi. En hommage au cinéaste tchèque-américain (il a été naturalisé pendant le tournage de ce film justement) qu’on aime tant au Super Marie Blog, je ne pouvais pas ne pas me rendre dans la salle – je ne dirai pas religieusement, ça ne plairait pas au réalisateur très contestataire. Je vais donc vous parler de Hair en faisant bien attention à ce que le correcteur d’orthographe n’ajoute pas d’accent tréma sur le titre, pour éviter le contre-sens total.

01
Milos Forman protège l’actrice Annie Golden de l’autorité sur le tournage.

L’histoire de Hair commence quand Milos Forman, déjà reconnu pour ses films tchèques, assiste à une des toutes premières représentations de la comédie musicale à Broadway. Aussitôt, le réalisateur se précipite dans les coulisses pour faire part aux auteurs de la pièce de son envie d’en réaliser une adaptation cinématographique. Il paraîtrait que le projet s’est joué au tarot mais que le tirage n’a pas été favorable au cinéaste. Dix ans plus tard, alors que les droits ont été achetés un million de dollars par une société de production allemande (on avait dû tirer les bonnes cartes, cette fois), Forman revient à la charge, fort de ses cinq Oscars remportés par son dernier film, Vol au-dessus d’un nid de coucous. Sauf que le mouvement hippie, contemporain au succès de la pièce, s’est éteint depuis quelques temps déjà. Ça n’empêcha pas les habitants de New York et Washington de ressortir leurs fripes de l’époque pour faire de la figuration dans le film qui ouvrit le festival de Cannes.

Tout ça pour dire que quand il est sorti du théâtre de Broadway en 1967, Milos Forman ne s’attendait pas à tourner une adaptation presque commémorative une douzaine d’années plus tard. Naturellement, des changements ont été faits par rapport à la pièce et, ne connaissant pas cette dernière, je ne saurais dire lesquels. Mais je doute que le show se concluait de la même manière que le film. Hair commence en tous cas sur une séquence très austère en Oklahoma où Claude (John Savage, à peine sorti du Voyage au bout de l’enfer) prend son bus pour le Vietnam avec un arrêt à New York. Le bus entre dans un tunnel dans lequel brille les feux follets du mouvement hippie (venant de bolas, c’est tout ce qui nous reste du flower power aujourd’hui…). Soudain, nous voilà à Central Park où, avec Savage, on regarde Treat Williams et ses potes entonner Aquarius. Et le spectacle d’arriver comme une bouffée d’air frais qu’on sait éphémère, ce qui ne nous empêche pas d’en profiter. Forman retrouve alors la fougue qui l’avait charmé chez ces hippies et ajoute, au rang des rebelles de sa filmographie, le truculent Berger campé par un Treat Williams qui a rarement été meilleur depuis.

181634
Berger (Treat Williams) en plein show dans un mariage auquel il n’était pas invité.

Avec la collaboration de la chorégraphe Twyla Tharp (qui retravaillera avec lui sur Ragtime et Amadeus), Milos Forman prend à bras-le-corps les codes de la comédie musicale et fait des numéros musicaux les éléments du film les plus représentatifs de son cinéma et de son identité. Respectant les conventions du genre hollywoodien tout en portant son esprit contestataire (le show de Berger sur la table du mariage est tout à fait dans le style du cinéaste), ces numéros font de Hair le film qui révèle peut-être le plus la double identité de Forman et son appartenance ambivalente au cinéma américain. Quoiqu’il en soit, Hair célèbre ce soulèvement de la jeunesse américaine, assez unique dans l’histoire du pays, tout en pointant les limites de l’utopie, avec humour (Berger retournant chercher des sous chez papa maman) ou sans (la femme de Hud venant lui rappeler ses responsabilités familiales). Une utopie chaleureuse, drôle et enthousiaste (j’adore le trip sous LSD contaminant le mariage rêvé dans l’église de l’Oklahoma !) mais dont on connaît déjà la fin. D’ailleurs, le film se vit comme un sursis avec le service militaire imminent de Claude. En ne voulant pas trop en dévoiler à ceux qui n’auraient pas vu le film, le final teinte le tube Let the Sunshine In d’une amertume carabinée, tandis qu’une autre obscurité répond à celle du tunnel du début. D’un tunnel à l’autre, Hair circonscrit le mouvement hippie dans une parenthèse enchantée de l’histoire américaine, mais rassurez-vous, l’image finale persistant sur le générique de fin nous fait songer à la rouvrir…

BASTIEN MARIE


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s