Moi, Tonya

0172937I, Tonya Biopic américain (2017) de Craig Gillespie, avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Julianne Nicholson, Paul Walter Hauser et Bobby Cannavale – 2h

En 1994, l’avenir olympique de la patineuse américaine Tonya Harding devient incertain quand sa rivale Nancy Kerrigan est agressée et se fait péter le genou. Une attaque qui pourrait bien avoir été organisée par l’entourage de Tonya… 

Première patineuse à réussir un triple axel, exploit encore difficile à accomplir aujourd’hui, Tonya Harding est surtout connue pour avoir été impliquée dans l’affaire du pétage de genou de sa concurrente avant de n’atteindre que la quatrième place aux JO de Lillehammer. Un destin de championne brisé, c’est le moins qu’on puisse dire, mais heureusement que Hollywood est là pour transformer cette sombre histoire en véhicule à Oscars. Margot Robbie profite donc du biopic pour asseoir sa réputation à Hollywood (puisque Suicide Squad n’est évidemment pas suffisant pour cela) tandis qu’Allison Janney, actrice d’A la Maison Blanche abonné aux seconds rôles au cinéma, ayant elle-même caressé le rêve d’une carrière de patineuse à l’adolescence, décroche la précieuse statuette dans le rôle de la mère possessive. Une compétition lancée devant la caméra du faiseur australien Craig Gillespie, coupable de l’immonde remake de Fright Night avec Colin Farrell, mais fort d’avoir par hasard dirigé Nancy Kerrigan dans une pub pour la soupe Campbell !

Cette entrée en matière peut sonner cynique, mais je vous assure que c’est pour se mettre dans l’ambiance d’un Moi, Tonya qui ne l’est pas moins. Ce film de Gillespie est typiquement de ces biopics qui ont une date de péremption tombant le lendemain de la cérémonie des Oscars. Comme tous les films de cet acabit, il est assez bien mené pour faire illusion : BO d’époque, montage vif, acteurs appliqués, répliques qui font mouche… Mais passée cette frénésie dédiée à nous divertir, on se rend compte qu’on a finalement rien retenu d’un film beaucoup moins intéressant que l’histoire vraie qu’il nous vend plus qu’il ne nous la raconte. Les événements se suivent sans aucune autre valeur que celle d’être « authentiques » et le film n’essaie même pas de nous intéresser un tant soit peu au patinage artistique, pauvrement mis en scène (à l’exception peut-être de l’échec olympique, insistant sur le désarroi de son héroïne). Sur le même modèle du crime salissant l’esprit olympique, on préférera infiniment Foxcatcher de Bennett Miller, parce qu’il réfléchit à cette fascinante morbidité du fait divers, ou même juste parce qu’il a un point de vue, là où le film de Gillespie brille surtout par son anonymat.

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Tonya Harding (Margot Robbie) encerclée par des journalistes qui n’ont jamais entendu parler de triple axel…

Et pourtant, c’est pas faute de lorgner lourdement sur Les Affranchis pour faire vivre l’histoire de Tonya. Sauf que le scénario de Steven Rogers omet des éléments qu’un Nicholas Pileggi aurait lui pris à bras-le-corps. Par exemple, le fait que si Tonya Harding a été maintenue dans l’équipe olympique, c’est parce que la chaîne télé diffusant les JO, ne pouvant passer à côté de l’audimat promis par l’affaire, a fait pression sur la fédération de patinage ! Que fait Moi, Tonya de cet élément décisif de l’histoire, montrant la manipulation médiatique assouvissant le goût du story-telling des américains ? Rien du tout, sinon offrir un rôle de journaliste complètement inutile à Bobby Cannavale. On dira ensuite que Moi, Tonya veut surtout donner une revanche à l’Amérique white trash ignorée, a fortiori dans l’univers du patinage artistique privilégiant la grâce et l’élégance d’une Nancy Kerrigan bourgeoise à la performance purement sportive de la rude et franche cul-terreuse Tonya. Mais une nouvelle fois, c’est un motif ostensiblement repiqué à Scorsese, le regard caméra brisant le quatrième mur, qui gâte le propos. Utilisé à outrance et en particulier dans les séquences les plus violentes avec lesquelles Gillespie et Rogers semblent très mal à l’aise, ce tic de mise en scène n’a que le don d’imposer une distance contradictoire avec l’envie de rendre justice aux personnages, devenant caricaturaux. Et Moi, Tonya de baigner dans une ironie constante qui en fait, par-dessus le marché, un film condescendant.

BASTIEN MARIE


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