La Forme de l’eau

mv5bogyyodhmngetota0ns00odrilwe3njatntq4zgi3nda4mwnlxkeyxkfqcgdeqxvyntk1mzcwnti-_v1_sy1000_cr007361000_al_The Shape of Water Film fantastique américain (2017) de Guillermo Del Toro, avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Octavia Spencer, Michael Stuhlbarg et Doug Jones – 2h03

A Baltimore dans les années 60, Elisa Esposito travaille comme femme de ménage dans un centre de recherches top secret qui accueille une créature amphibienne capturée dans l’Amazone. Elisa communique et s’attache à cette créature et, quand elle apprend que les scientifiques vont bientôt la tuer pour l’étudier, elle décide d’organiser son évasion…

Au milieu de la pluie de récompenses récoltées de Venise à Hollywood, Guillermo Del Toro a dit, à l’occasion d’un Golden Globe du meilleur réalisateur bien mérité, que La Forme de l’eau faisait partie de ses films qui lui ont sauvé la vie. Une déclaration à ne pas prendre à la légère car Guillermo, bien que prolifique et talentueux, n’a jamais connu d’énormes succès commerciaux et jouait son va-tout avec ce film. On dit que s’il ne marchait pas, Guillermo a même menacé d’arrêter sa carrière ! Fort heureusement, le film a remporté quatre Oscars dont celui du meilleur film, soit une reconnaissance de la profession enfin acquise qui devrait l’autoriser à retâter encore de la caméra. Et qui arrive à point nommé sur un film crucial du cinéaste qui, dans ce geste du désespoir, concentre ses obsessions, s’ouvre à un plus large public et devient plus adulte.

Le triomphe de La Forme de l’eau aux Oscars n’étonne qu’à moitié. Certes, il aura fallu les précédents succès des copains Alfonso Cuaron et Alejandro Gonzalez Iñarritu pour que le cinéma fantastique de Del Toro ait enfin droit de cité à Hollywood, mais son dernier opus est aussi un appel à la tolérance auquel l’Académie aurait eu du mal à résister. Nul doute que cela a pesé dans la balance face à la noirceur et la violence de son excellent concurrent direct, 3 Billboards. Faut-il en conclure que l’ami Guillermo serait devenu calculateur pour s’arracher ces louanges ? Certainement pas, loin s’en faut, tant La Forme de l’eau marque aussi un cap dans l’oeuvre de son auteur. Certes, on pourrait tiquer à trouver le film plus accessible, faisant moins de mystère sur ses rouages de conte, explicitant ses symboles (nom des personnages, rôle des couleurs, etc). Mais c’est aussi un film qui ramène en Amérique les thématiques et la poésie des œuvres espagnoles du cinéaste, résolvant enfin sa schizophrénie quand il signait coup sur coup L’Échine du diable et Blade 2. Rien que pour ça, La Forme de l’eau a des allures de film somme (logique si Guillermo le considérait vraiment comme son possible dernier), et il est très perméable à son époque puisqu’il semble réagir à l’ère Trump. Trouvant dans l’Amérique des 60’s des clivages et des archaïsmes qui résonnent beaucoup avec l’époque actuelle, Guillermo y développe un propos pour une fois optimiste. Là où auparavant l’argument fantastique condamnait souvent les personnages et les isolait de l’humanité (y compris dans Hellboy), il leur permet ici au contraire d’affirmer leur humanité au contact d’une créature qu’il faut défendre et préserver. Guillermo en profite d’ailleurs pour reléguer un brin la créature au second plan pour développer méticuleusement les nombreux personnages humains, campés par un casting impeccable.

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Elisa (Sally Hawkins) et son homme amphibien (Doug Jones) se font un petit ciné, et Guillermo nous invite à les rejoindre.

Et le plus formidable est que ce propos se développe dans le film le plus adulte de Del Toro. Ses évocations de l’enfance (L’Échine du diableLe Labyrinthe de Pan) et ses comic books d’adolescent (Blade 2, Hellboy) sont passés et ses héros sont maintenant des adultes, prenant leurs responsabilités à bras-le-corps. Le signe le plus évident de cette maturité, c’est le sexe, auparavant complètement absent ou maladroitement évoqué (Crimson Peak) dans les films de Del Toro. Ici, la masturbation dans sa baignoire fait partie des rituels matinaux de l’héroïne et (attention, spoiler !!!) elle couche même avec la créature. Cette sexualité de La Forme de l’eau n’est pas anodine, sans doute osée pour les spectateurs les plus sensibles et un nouveau cri d’amour, cette fois physique, aux monstres. Doug Jones a dû apprécier ce rôle le plus sensuel de sa carrière, et l’ami Guillermo doit constater le chemin parcouru depuis son image d’enfance qui lui a inspiré le film : la nage entre le Gill Man et Kay dans L’Étrange Créature du lac noir. Le réalisateur l’a souvent citée comme sa scène de cinéma préférée (et l’amour du cinéma est omniprésent dans La Forme de l’eau), profondément touché par l’inconciliable amour entre la créature des profondeurs et la femme à la surface. Del Toro abolit toutes le frontières entre la terre et l’eau, entre l’humain et le monstre, dans un geste encore une fois maîtrisé et admirable, bien plus ample que la petite statuette qu’on lui a remis.

BASTIEN MARIE

Autre film de Guillermo Del Toro sur le Super Marie Blog : Pacific Rim (2013)


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