Golem, le tueur de Londres

mv5bogq0ymjmzwetmwi5zc00yzuylwjkztctoti2mtmwzwnizdljxkeyxkfqcgdeqxvymzy0mte3nzu-_v1_sy1000_cr006991000_al_The Limehouse Golem Thriller britannique (2016) de Juan Carlos Medina, avec Bill Nighy, Olivia Cooke, Douglas Booth, Daniel Mays, Sam Reid, Maria Valverde et Eddie Marsan – 1h49

A Londres en 1880, Lizzie Cree, célèbre actrice de music hall, est jugée pour l’empoisonnement de son mari. Celui-ci était l’un des suspects de l’affaire du Golem, tueur en série sanguinaire, qui vient d’échoir à l’inspecteur John Kildare. Il s’allie à Lizzie pour faire éclater la vérité…

Le réalisateur espagnol Juan Carlos Medina s’est vu offrir le projet du Golem, écrit par Jane Goldman (proche collaboratrice de Matthew Vaughn), par le producteur Stephen Woolley, impressionné par son premier film Insensibles (2012). Alan Rickman devait y tenir le rôle de l’inspecteur Kildare avant que son cancer ne l’en empêche (le film lui est naturellement dédié) et qu’il soit remplacé en urgence par Bill Nighy. Ce n’est pas le seul aléa du tournage dans un vieux moulin du Yorkshire puisqu’une tempête viendra ensuite détruire et inonder une partie des décors construits et éclairés par les petites mains de Peaky Blinders. Medina en aura donc bavé pour arriver au bout de son thriller victorien qui n’est sorti chez nous qu’en vidéo au début de l’année. Et devinez quoi : c’est assez injuste pour cette jolie histoire de serial killer plus inspirée qu’un From Hell (le film, bien sûr)…

C’est donc uniquement dans la petite lucarne qu’on pourra déjà admirer la belle facture du Golem, malgré son budget qu’on imagine pas pharaonique et les aléas de la production. Les équipes du décorateur Grant Montgomery profitent de la brume londonienne pour joliment lier les décors avec les arrières-plans numériques, tandis que Juan Carlos Medina et son chef-opérateur Simon Dennis baignent leurs images dans la fumée d’opium. Et cette qualité esthétique d’embrayer sur l’efficacité d’un récit qui plonge directement dans le mystère d’une intrigue touffue dans laquelle on ne s’égare jamais. Et pourtant, Kildare (Nighy, toujours impeccable) a du fil à retordre, rejouant dans sa tête les meurtres par tous les suspects un par un. Parmi lesquels de véritables personnalités londoniennes de l’époque comme le comédien Dan Leno, George Gissing ou Karl Marx. Ce lien étroit entre l’élaboration de l’enquête et la documentation sur son contexte (on pourrait croire à une histoire vraie) fait beaucoup dans la qualité du Golem, digne d’une densité littéraire qu’on peine souvent à caler dans la courte durée d’un long-métrage, surtout quand il est assez casse-cou pour durer moins de deux heures.

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L’inspecteur Kildare (Bill Nighy) et son adjoint Flood (Daniel Mays) se feraient bien une pièce de théâtre pour oublier un peu le boulot.

La richesse du Golem se targue en plus d’être très à propos avec quelques actualités (un moment donné, je me suis demandé si c’était pas Harvey Weinstein le tueur) et très bien incarnée. Si l’ensemble du casting est de haute volée, c’est tout de même Olivia Cooke, bientôt à l’affiche de Ready Player One (comme si on l’attendait pas assez comme ça), qui vole la vedette à tout le monde. Veuve meurtrière toute désignée, l’actrice ne cesse d’enrichir son rôle de scènes en scènes et endosse toute l’injustice et l’inégalité qui règnent, plus fortement que la terreur de l’assassin, dans le quartier de Limehouse. Bas fond ignoré par une Angleterre puritaine et matriarcale, Limehouse sert d’asile à tous les marginaux de la ville, flics compris, tandis que les intellectuels viennent s’y acoquiner en se rêvant chevaliers blancs. Dès lors, je n’ai plus besoin de vous révéler l’identité du tueur puisqu’on comprend très vite que tous les suspects ont une bonne raison de vouloir être le Golem, ne serait-ce que pour un désir de notoriété ou de reconnaissance qui les sortirait de cet enfer, d’où l’écho avec le monde du spectacle et du music-hall. Une injustice qui nous rappelle ironiquement que c’est vraiment dommage que Golem ne soit pas sorti en salles, car il est d’une ampleur qui déborde largement le petit écran…

BASTIEN MARIE


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