The Disaster Artist

mv5bognkmzlimgmtmdi5ni00otzkltgymtytnzk5zty1njvhyjvmxkeyxkfqcgdeqxvyntazmty4mda-_v1_sy1000_sx675_al_Biopic américain (2017) de James Franco, avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen, Ari Graynor, Alison Brie, Jacki Weaver, Josh Hutcherson et Zac Efron – 1h44

A la fin des années 90 à San Francisco, l’aspirant acteur Greg Sestero rencontre le mystérieux Tommy Wiseau à un cours de théâtre. Partageant une même soif de reconnaissance, ils se lient d’amitié et vont tenter leur chance à Los Angeles. Après d’innombrables refus, ils décident de tourner leur propre film, The Room

L’histoire est connue mais on va la répéter pour ceux dans le fond qui n’ont pas entendu : le soir où la France gagne la Coupe du monde (le film ne le précise pas), Greg Sestero rencontre Tommy Wiseau et ils finissent par tourner ensemble The Room, l’un des meilleurs nanars de tous les temps. Dix ans plus tard, pour exorciser l’emprise que le vampirique – dans tous les sens du terme – Wiseau a sur lui, Sistero écrit son autobiographie The Disaster Artist, my life in The Room, the best worst movie of all time (actuellement en cours de lecture par votre serviteur, donc je ne vais pas compter les points). Un livre qui finit d’asseoir un peu plus le culte improbable de The Room (pas vraiment l’effet escompté par Sestero, donc) et de donner des envies de biopic à la terre promise Hollywood. C’est donc James Franco qui s’y colle (ses potes Seth Rogen et Jonah Hill sont des fans de la première heure du film de Wiseau) et qui, comme son modèle, réalise et interprète le film sur « l’artiste du désastre ». Castant au passage son frère Dave (ce qui marque leur première collaboration à l’écran) dans le rôle de Sestero, et une myriade de guests hollywoodiennes que Wiseau n’auraient jamais pu approchées, James Franco était quant à lui tellement dans son personnage qu’il gardait son accent improbable même en dirigeant les autres acteurs, hilares.

Il était aussi tellement dans son personnage qu’il a remporté un Golden Globe plutôt mérité. Car il faut bien reconnaître que ce qu’on redoutait le plus, c’est que l’ego de Franco dévore tout et fasse de The Disaster Artist une comédie moqueuse et condescendante (qu’il est toutefois pour certains) sur un The Room qui, rien que par son culte, ne l’aurait pas mérité. Mais au moins devant la caméra, Franco incarne Wiseau très consciencieusement, au premier degré (et donc avec beaucoup d’humour) et forme avec son frère Dave, lui aussi convaincant, un duo qui est naturellement la clé de voûte du film. Finalement, The Room arrive assez tard dans le film, et son making-of, bien qu’hilarant, n’est même pas forcément le plus intéressant. Car il se focalise plutôt sur la relation toxique entre Wiseau et Sestero, ne prêtant pas forcément à sourire. Ça ne nous étonnera qu’à moitié vu le goût habituel de Franco pour les bromances, littérale cette fois avec Dave à ses côtés. Aussi tendrement incarné qu’Ed Wood (la comparaison est inévitable et je vais y revenir), The Disaster Artist se regarde donc très bien, sans doute mieux encore pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de l’ineffable nanar et de son énergumène d’auteur.

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Tommy Wiseau (James Franco) et Greg Sestero (Dave Franco) à l’étroit au milieu de tous le matos promotionnel de The Room. Et ce n’est que le début…

Cependant, si on continue de le comparer au chef-d’oeuvre de Burton, ça sera forcément en défaveur de Franco, moins empathique. Ça vient déjà du personnage : si Ed Wood était un véritable amoureux du cinéma l’exprimant très maladroitement dans ses films passionnés, Tommy Wiseau est lui simplement assoiffé de reconnaissance, quitte à tourner un film sans rien y connaître et n’hésitant pas ensuite, face à l’hilarité de son public, à endosser le rôle du bouffon. Mais surtout, Franco passe parfois à côté de son sujet. On sent bien que The Disaster Artist est tendu par autre chose que la boutade ou la constatation du désastre. Des questions plus grandes nous viennent à l’esprit. Qu’est-ce que tourner un film implique réellement ? Où commence le bon et le mauvais goût quand un nanar est ainsi adulé ? Qu’en devient son auteur éternellement incompris ? A peine ces questionnements affleurent que Franco les esquivent par une blague réconfortante. Contrairement à Burton qui se reconnaissait complètement en Ed Wood dans une passion commune du cinéma, quelqu’en soit le résultat, Franco ne se saisit pas du miroir que Wiseau lui tend et plonge dans une énigme, que ce soit celle de la personnalité de Wiseau ou de la popularité inespérée de son film, qu’il a sans doute sous-estimée. Si The Disaster Artist est une amusante success story inversée, il ne reste malgré tout que cela, moins touché par la grâce nanardesque qu’il le voudrait.

BASTIEN MARIE


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