Les Garçons sauvages

3752225Film d’aventures français (2017) de Bertrand Mandico, avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek, Mathilde Warnier, Sam Louwyck, Elina Löwensohn et Nathalie Richard – 1h50

Après le viol et le meurtre de leur professeure de lettres, cinq garçons de bonne famille sont confiés au Capitaine pour les remettre dans le droit chemin. Leur faisant vivre l’enfer sur son bateau, le Capitaine les emmène sur une île mystérieuse…

Attention, ce film est si étonnant qu’il est toujours mieux de le découvrir avant que la bafouille ci-dessous n’en déflore les mystères. Merci de votre compréhension.

Bien que Les Garçons sauvages soit son premier film, Bertrand Mandico, sorti de l’école des Gobelins, a déjà bien tâté de la caméra puisqu’il a enchaîné depuis la fin des années 90 nombre de courts et moyens-métrages dont les titres tels que Notre-Dame des hormones ou Y a-t-il une vierge encore vivante ? laissent songeur. Il a fallu qu’il rencontre le producteur Emmanuel Chaumet pour qu’il se lance enfin dans le long. Malgré son titre, Les Garçons sauvages a aussi été motivé par l’envie de Mandico de travailler avec des actrices, réunissant un casting presque exclusivement féminin autour de deux muses déjà croisées dans son cinéma, Nathalie Richard et Elina Löwensohn. Le tournage s’est partagé entre quelques semaines à la Réunion, sur des plages hostiles mais aussi dans la maison dans laquelle Truffaut a tourné La Sirène du Mississippi, puis quelques autres en studio pour les séquences de bateau qui se sont révélées être les plus éprouvantes. Car en plus de tourner son film en 16 mm, Mandico voulait des effets spéciaux physiques élaborés sur le plateau par une équipe concentrée.

Evidemment, ces efforts s’avèrent largement payants car Les Garçons sauvages est un vrai régal pour les yeux, explorant des territoires érotiques, poétiques et fantastiques qui manquaient cruellement au cinéma français. D’ailleurs, le film commence sur un des garçons se frappant le crâne sur un rocher, après quoi la caméra panote sur un décor beaucoup plus fourni posant le paysage romanesque du film qui entend ouvrir pareillement notre esprit vers ce cinéma très riche et charnel. Dans son vrai cadre carré (c’est-à-dire pas fabriqué en post-production numérique), Mandico laisse s’extasier un film foisonnant, partagé entre un noir et blanc nacré et des couleurs vibrantes aux moments opportuns, s’amusant avec les surimpressions et les rétroprojections, faisant apparaître des visages, des hommes statues et des femmes fleurs dans les paysages de jungle comme aurait pu le faire un Jean Cocteau. Mandico revendique fièrement l’artificialité de son film s’élevant immédiatement au-dessus du réalisme qui paralyse le cinéma national. Généreux et imbibé d’influences que nous n’avons pas la place de lister ici, Les Garçons sauvages ne se noie cependant pas dans une déférence forcée et stérile, bien au contraire : le film est très fertile grâce à l’univers déjà bien établi de son auteur.

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Romuald (Pauline Lorillard) et Sloane (Mathilde Warnier) font la gueule sur le bateau qui ne les a pas encore amené à une île beaucoup plus jouissive.

Sur un modèle de roman d’aventures à la Stevenson ou Jules Verne, Les Garçons sauvages s’épanouit dans la métamorphose de ses héros/héroïnes et la masculinisation troublante et très convaincante de ses actrices. On pourrait croire à une réponse à l’air du temps féministe (d’autant que le personnage d’Elina Löwensohn, me faisant penser à un adversaire bondien, semble dire que la femme est l’avenir de l’homme), mais Mandico ne s’enferme pas non plus dans la contemporanéité, ou alors pour lui donner une réponse plus poétique que politique. Avec son action à l’époque indéterminée et ses effets surannés furieusement modernes, le film est bien trop occupé à travailler l’intemporel. Avec sa flore tantôt douce tantôt agressive, sa métamorphose se gardant bien de catégoriser les genres (d’ailleurs, les garçons ont-ils perdu leur sauvagerie avec leurs sexes ?), Les Garçons sauvages est plutôt une invitation au voyage et à la découverte de soi, avec un geste trop généreux pour douter de l’ouverture d’esprit de cet OVNI. Un vrai spectacle visuel s’offrant au public sans méfiance ni présomption, il y a ce qu’il faut pour redonner au cinéma français fraîcheur et ambition.

BASTIEN MARIE


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