Rebecca

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Au lendemain de son mariage avec Maxim de Winter, Mme de Winter découvre le grand domaine de Manderlay où est encore très vivace la mémoire de Rebecca, la première épouse de Winter disparue en mer…

Attention, cette bafouille contient des spoilers. Vieux de près de 80 ans, mais il faut tout de même voir le film avant de lire plus avant.

Oscar du meilleur film, Rebecca marque la première collaboration entre Alfred Hitchcock et David O. Selznick, ce dernier étant enfin parvenu à amener le réalisateur dans son giron en lui promettant l’adaptation du roman de Daphne Du Maurier dont il rêvait depuis tant d’années. Une collaboration déjà houleuse, Hitchcock ne tardant pas à découvrir l’obsession de contrôle de Selznick. Le producteur refuse qu’il mette son nez dans l’écriture du scénario, le réalisateur refuse en retour qu’il mette un pied sur le plateau. Une tension qu’accentuera encore Laurence Olivier, si déçu que sa fiancée de l’époque Vivien Leigh n’ait pas obtenu le rôle féminin qu’il mènera la vie dure à sa co-star Joan Fontaine. Hitchcock profitera de cette animosité et fera croire à l’actrice que personne ne l’aime sur le plateau pour accentuer l’incertitude de son personnage. Un tournage bien bordélique en somme mais dont Hitchcock sortira grand vainqueur à un Oscar prêt (qu’il devra laisser au John Ford des Raisins de la colère, ça passe). Car in fine, le cinéaste n’a tourné que ce dont il avait besoin, empêchant Selznick d’imposer un final cut derrière son dos !

Rebecca, c’est le Hitchcock gothique nous faisant pénétrer dès la séquence d’ouverture, plongée dans une nuit cauchemardesque, dans la grande demeure de Manderlay dans laquelle plane encore un fantôme tenace… ou pas. Car Rebecca, c’est un film de fantôme sans fantôme, ce qui est plutôt balèze ! Du coup, si la patine gothique du film est assez singulière dans la filmographie de Hitchcock, bien qu’elle influence encore des Crimson Peak ou Mademoiselle de nos jours, la façon dont sa mise en scène fait vivre un personnage absent de l’écran est en revanche complètement hitchcockienne. L’ex-épouse se manifeste par allusions, par détails (ses initiales laissées un peu partout), par une chambre vide, par des regards appuyés (notamment ceux de la rigide gouvernante jouée par une Judith Anderson qui fait froid dans le dos) ; bref, par une ambiance sinistre qui happe le spectateur avec Joan Fontaine. Cette dernière, jouant un personnage anonyme (même par le nom, Rebecca gagne), doit faire oublier cette ex absente et pourtant envahissante en même temps qu’elle doit trouver sa place dans une aristocratie froide et hypocrite, ne pardonnant aucun écart et continuant d’admirer une épouse précédente qui pourtant aurait plus dérangé qu’autre chose…

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La domestique Mme Danvers (Judith Anderson) suggère à Mme de Winter (Joan Fontaine) de se faire un prénom.

Car, au risque de dévoiler les mystères d’un film qui les fabrique si bien, Rebecca était loin d’être un modèle de vertu, assassinée par peur de la honte et de l’embarras. Prenant quelques libertés avec le roman (ce qui n’empêchera pas Du Maurier de considérer le film comme la meilleure adaptation de son oeuvre), Hitchcock profite de son fantôme pour glisser des sous-entendus lesbiens et orgiaques (avec la domestique et le cousin), hantant Rebecca d’une subversion réjouissante. Et que Rebecca passe pour un modèle d’épouse auprès de la haute société est encore plus drôle, comme si celle-ci vénérait une hypocrisie plus grande que la sienne. Toutefois, il faut bien avouer que ces enjeux se révèlent dans une partie moins intéressante du film, dans un dernier acte judiciaire semblant forcément plus ordinaire en comparaison avec le reste qui flirtait joliment avec le fantastique. Un épilogue qu’élèvent tout de même un George Sanders exquis en agaçant maître-chanteur et une ambiguïté constante, les personnages changeant régulièrement de nature (quel dommage cependant que la production ait imposé que le meurtre de Maxim soit accidentel, rendant sa relaxe plus acceptable). Rebecca aussi aura trompé tout le monde, personnage décidément insaisissable disparaissant dans un brasier rimant avec le Rosebud de Citizen Kane. Voilà comment Hitchcock a réussi le tour de force de faire d’un personnage invisible l’un des plus passionnants qu’on ait vu.

BASTIEN MARIE

Autres films d’Alfred Hitchcock dans le Super Marie Blog : La Maison du docteur Edwardes (1945), Les Enchaînés (1946), Le Procès Paradine (1947)


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