Revenge

5339594Film d’horreur français (2017) de Coralie Fargeat, avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe et Guillaume Bouchède – 1h48

Trois riches chefs d’entreprise arrivent dans leur villa au milieu du désert pour leur partie de chasse annuelle. Sauf que l’un d’eux a amené sa maîtresse, une jeune lolita sexy, et les choses dérapent. Violée et laissée pour morte, elle revient à la vie grâce à sa soif de vengeance… 

Premier film de genre français réalisé par une femme, considérablement hypé par sa tournée des festivals, Revenge donne une sensation de déjà-vu un an après la sortie de Grave. Coralie Fargeat n’a pas profité du succès de Julia Ducournau puisque le film n’était pas encore sorti quand elle galérait à rassembler son budget, mais elle participe à son tour à cet élan du genre français, en attendant de savoir si les imminentes tentatives plus cossues comme La Nuit a dévoré le monde ou Dans la brume auront le succès espéré. En tous cas, Revenge aura eu le temps de promener son buzz de Toronto à Gérardmer, en passant par Sundance et Sitges, attisé aussi par l’actualité ardente de #metoo et Time’s Up.

Une coïncidence qui pourrait donner à Revenge qu’un intérêt de façade. Une bien belle façade, certes, l’esthétique pop et le gore outrancier du film le rendant assez fun, mais le rape and revenge, genre brûlant s’il en est, ne se trouve guère grandi ou transformé, même si c’est une femme derrière la caméra là où le genre est le plus souvent machiste et voyeuriste. Attention, Revenge n’est pas pour autant dénué de bonnes idées, à commencer par la nature des personnages. Au trio d’hommes endossant différentes formes de culpabilité, Coralie Fargeat leur oppose une lolita jouant le jeu de l’objet de fantasme et de séduction provocante pour être remarquée : le type même de victime à l’égard de laquelle on tiendrait des propos aussi affreux et dégueulasses qu’ « elle l’a bien cherché ». Les bases narratives de Revenge posent bien l’horrible mécanique de la violence masculine, mais ensuite Fargeat se repose un peu trop sur les codes établis du genre pour inverser les rôles.

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Revenue à la vie tel le phénix qu’elle s’est tatoué sur le ventre, Jen (Matilda Lutz) guette ses proies…

On saluera encore la belle iconisation de l’héroïne revenue à la vie avec le tatouage du phénix d’une canette de bière, ou la mise en scène de la nudité masculine, bien moins courante que celle de l’autre sexe (quelqu’un oserait-il encore l’appeler faible ?) et rendant vulnérable celui qui pensait jusque là être le mâle alpha (plutôt bêta donc). Des idées qui restent toutefois assez légères dans un film qui compte beaucoup sur la force d’évocation du genre, essentiellement dépoussiéré par les couleurs chaudes et irradiantes du désert marocain inspirées par Mad Max ou La Colline a des yeux d’Aja (pour rester chez les frenchies). Revenge est attrayant mais sans surprise, rafraîchissant mais pas renversant, un joli coup d’essai manquant le coup d’éclat. Juste de quoi surveiller le futur parcours de Coralie Fargeat en espérant qu’elle poursuive l’élan du genre avec un peu plus de liberté et de renouveau.

BASTIEN MARIE


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