The Florida Project

mv5bzjk5mta1mmytotkzms00mdlilwixn2etmmnloty2n2m1ythixkeyxkfqcgdeqxvynzyzmjy2mde-_v1_sy1000_cr006801000_al_Drame américain (2017) de Sean Baker, avec Brooklynn Kimberly Prince, Bria Vinaite, Willem Dafoe et Caleb Landry Jones – 1h51

Moonee, six ans, vit à Magic Kingdom, un des motels de la banlieue de Disney World en Floride, où elle passe ses journées à jouer avec ses amis, à embêter Bobby, le gérant, et à aider sa mère Halley dans ses combines pour payer le loyer…

Contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, The Florida Project n’est pas un film de science-fiction sur un mystérieux projet Floride, mais un drame social se déroulant aux abords du Disney World d’Orlando. Le titre est en fait à double sens car « projects » est un mot pouvant désigner les banlieues en américain, et Florida Project fut le nom provisoire de Disney World durant sa conception. Tout s’explique donc pour ce film du new-yorkais Sean Baker que j’avais pris pour un débutant mais dont c’est en fait le sixième long-métrage d’une carrière ultra-indé et en mode guérilla. Le sieur avait fait parler de lui avec son précédent film, Tangerine (2015), tourné entièrement à l’iPhone, et le buzz de ce rêve d’accessibilité numérique devenu réalité a permis au réalisateur d’opter cette fois pour du 35 mm pour la quasi-intégralité du film et de s’assurer, au sein de son casting recruté sur Skype, les services d’une star comme Willem Dafoe dont on est ravi de revoir la trogne dans le film et à la prochaine cérémonie des Oscars.

En plus de consacrer ses films aux marginaux, Sean Baker a l’œil pour dénicher les endroits insolites de l’Amérique où ils vivent, car le décor de The Florida Project est évidemment sa plus grande force. Avec une fantaisie de façade déjà bien délabrée, le village de motels encerclant Disney World est plus un purgatoire pour les familles d’accueil ou la taule qu’un royaume du divertissement. Un lieu particulièrement révélateur du fameux rêve américain déchu qui inspire aisément Baker et ses plans assez amples pour filmer ce petit monde, n’hésitant pas à faire dans la théâtralité à l’occasion d’une coupure de courant par exemple. La petite Moonee nous en fait visiter les moindres recoins avec ses copains, ne perdant pas une occasion d’emmerder le gérant au passage avec qui elle joue à un jeu du chat et de la souris presque aussi cartoonesque que les décors qu’elle traverse. Dans le rôle de Bobby, que Baker a la retenue de ne jamais faire un père de substitution tout trouvé mais bien un manager dirigeant tant bien que mal son business, Willem Dafoe est une nouvelle fois excellent, plein d’humanité. Il s’amuse bien avec la jeune Brooklynn Kimberly Prince, elle aussi très juste, notamment dans ses jeux contaminés par des formules et des insultes entendues chez les adultes. The Florida Project pourrait être un joli film sur l’enfance avec Moonee et sa clique, insensibles à la féerie originale des lieux mais les réinvestissant de leur propre fantaisie, de leur propre remède à la misère qui les gangrène.

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Bobby (Willem Dafoe) se tient fièrement à l’entrée de son « royaume ».

Malheureusement, le personnage de la mère prend de l’importance à mi-film et fout tout par terre ! Dans un problème d’écriture plus que de mise en scène, The Florida Project met à mal le bel équilibre qu’il tenait jusque là et plonge dans un lourd misérabilisme. D’une puérilité outrée, s’accordant mal à la maturité de sa fille, Halley reste tristement superficielle en comparaison des deux autres personnages principaux, une caricature explosant au milieu de l’ambiguïté du film, que Sean Baker a ensuite bien du mal à rattraper en héroïne punk à laquelle on ne croit guère plus. Soudain, alors que The Florida Project peine à arriver à son terme, je repense à l’affiche du film qui clamait tout haut : « Bienvenue au royaume enchanté ». Mais pourquoi cette tagline devait-elle être forcément ironique ? Le film n’aurait-il pas gagné à croire un petit peu à l’utopie qu’il exposait si bien plutôt que de la noyer sous un drame sans issue semblant paradoxalement plus irréel que son décor ? Finalement, The Florida Project pêche par un excès de cynisme qui n’était pourtant pas du style de Moonee et Bobby…

BASTIEN MARIE


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