Pentagon Papers

mv5byjnkmdgzngqtzdljns00mgflltlizditzwuzy2u1zddmntdlxkeyxkfqcgdeqxvymtmxodk2otu-_v1_sy1000_cr006741000_al_The Post Film journalistique américain (2017) de Steven Spielberg, avec Meryl Streep, Tom Hanks, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Tracy Letts, Bradley Whitford, Bruce Greenwood, Matthew Rhys, Alison Brie, Carrie Coon, David Cross, Jesse Plemons et Michael Stuhlbarg – 1h55

En 1971, le Washington Post est en possession de documents secrets prouvant que la Maison Blanche sait depuis quatre présidences successives que la guerre du Vietnam est sans issue. Kay Graham, directrice du journal, et son rédacteur en chef Ben Bradlee décident d’outrepasser l’interdiction de Nixon de publier ces documents…

Steven Spielberg a pris l’habitude de sortir à quelques mois d’écart deux films très opposés, entre fresque historique et blockbuster SF. La première fois, c’était en 1993, année décisive de sa carrière puisqu’il sortait La Liste de Schindler et Jurassic Park, cumulant succès critique pour le premier et public pour le second, et flopée d’Oscars pour les deux. La deuxième fois, c’était en 2005 avec Munich et La Guerre des mondes, les deux films hollywoodiens les plus frontaux sur le traumatisme du 11 septembre. Rebelote cette année où, en attendant impatiemment l’ambitieux Ready Player One, on peut découvrir ce Pentagon Papers, emballé à toute vitesse pendant la postproduction du premier en réaction à la désastreuse élection de Trump. A la base de The Post (on a changé le titre original sans doute de peur que les spectateurs français pensent que c’est un film sur la poste), il y a le premier scénario de Liz Hannah tombant sur le bureau de la productrice Amy Pascal lançant aussitôt le projet. On engage le scénariste Josh Singer, oscarisé pour Spotlight, pour affiner le script, tandis que Spielberg engage illico son copain Tom Hanks et Meryl Streep, dont on se souvient encore du discours bouleversant contre l’autre président aux Golden Globes. Et quelques mois plus tard, nous voilà face à Pentagon Papers, un préquel virtuose au prototype du film journalistique Les Hommes du président (Hanks reprend d’ailleurs le rôle tenu par Jason Robards dans les 70’s) d’une nécessité contemporaine évidente.

Humaniste et idéaliste, Steven Spielberg est surtout un cinéaste, et c’est déjà ce qui fait toute la différence entre Pentagon Papers et Spotlight, oscarisé il y a deux ans mais sympathique sans plus. Quand il doit véhiculer de grandes idées et, accessoirement, moissonner des Oscars, Spielberg le fait avec sa caméra et sa mise en scène, là où le film de Tom McCarthy, en comparaison, ne ressemble plus qu’à une réunion de rédaction bavarde. Les deux thématiques qui font la nécessité actuelle de Pentagon Papers, ce sont évidemment le féminisme à travers le parcours de la directrice Kay Graham, et la liberté de la presse quand elle doit questionner le pouvoir. Et ces deux aspects sont traités par l’image, garantie sans monologues larmoyants « for your consideration ». Ainsi, Meryl Streep doit incarner ce féminisme imposé par un environnement exclusivement masculin et elle n’émeut pas par des dialogues lourdement explicites (les siens sont d’ailleurs hésitants et balbutiants) mais par une place qu’elle acquiert avec une conviction croissante dans cet environnement et, surtout, dans le plan dont elle devient progressivement le centre et qu’elle ne quitte plus sans laisser un sentiment de vide (comme après avoir confirmé sa décision dans le salon, laissant son comité de conseillers embarrassé par leur place dans le cadre). Comme dans Lincoln, Spielberg nous montre la naissance, le développement et l’affirmation de l’idée qui habite son personnage.

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Ben Bradlee (Tom Hanks), rédacteur en chef du Washington Post, prend une pose nonchalante au cas où il serait de nouveau casté dans La Classe américaine.

Mais on ne voudrait pas porter toute notre attention sur Meryl Streep non plus, car le casting entier est excellent, et les seconds rôles, animant l’effervescence d’une rédaction qui déborde de ses locaux, ont tous leur importance, leur rôle à jouer justement. Là où d’autres feraient du journalisme un genre statique (j’ai déjà assez chargé la mule de Spotlight, non ?), Spielberg et ses fidèles collaborateurs en font un véritable film d’action, grâce au score de John Williams, grâce à la caméra très mobile de Janusz Kaminski, grâce au montage au cordeau de Michael Kahn. Il faut voir la façon dont les journalistes brandissent leur carte de presse comme des agents du FBI, l’infiltration du stagiaire du Post dans la rédaction du New York Times, la conversation téléphonique kaléidoscopique, le ballet entre le journaliste et l’avocat qui le presse de questions, pour voir la parole et l’information matérialisées, mises en scène et en espace par Spielberg qui fait des journalistes des héros. C’était déjà évident avec la séquence d’ouverture au Vietnam se concluant sur l’arme du soldat ; non pas un fusil, mais une machine à écrire. Cette vivacité de Pentagon Papers s’allie à celle de sa production, nous faisant ressentir l’urgence de son propos sans amoindrir le sens narratif inouï de son auteur (ah, ce plan sur Odenkirk faisant une pause dans l’écriture de son article pour savourer la mise en marche des colossales imprimantes, faisant vibrer tout le bâtiment du Post !). Bref, à la une du Super Marie Blog, Spielberg est toujours un génie, et le marronnier devrait se poursuivre dans deux mois à la sortie de Ready Player One

BASTIEN MARIE

Autre film de Steven Spielberg sur le Super Marie Blog : Ready Player One (2018)


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