Les Enchaînés

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Fille d’un espion nazi, Alicia est engagée par l’agent secret Devlin pour une mission encore indéfinie au Brésil. Ils tombent amoureux en chemin, avant de découvrir le but de la mission : Alicia doit infiltrer la demeure d’Alex Sebastian, un comploteur nazi ami de son père et amoureux d’elle…

Attention, Les Enchaînés, c’est du grand Hitchcock ! Et pour cause, au sein de sa collaboration tumultueuse avec le producteur David O. Selznick, c’est celui sur lequel le réalisateur a eu le plus de liberté, notamment grâce au succès de La Maison du docteur Edwardes qui était en train de rafler huit fois sa mise au box-office. Hitchcock voulait faire un film dont l’héroïne serait entraînée à devenir espionne. Selznick lui soumet alors la nouvelle The Song of the Dragon de John Taintor Foote, qui servira de canevas au scénario que Ben Hecht et Hitchcock écrivent en huis-clos. Trop occupé à éponger les dépassements de budget de Duel au soleil, Selznick revend volontiers le projet à la RKO, tandis qu’Hitchcock est suivi par le FBI pendant ses recherches sur l’uranium et s’amuse à provoquer le Code Hayes avec des scènes de baisers interminables. Bref, il s’éclate et ce qui en résulte est un sommet de sa carrière, particulièrement manifeste du talent de son auteur pour vous refiler des sueurs froides.

Ce qui impressionne immédiatement avec Les Enchaînés, c’est l’économie de son scénario marié idéalement à sa mise en scène ambitieuse. Quand Hecht et Hitchcock sont sortis de leur préproduction autonome, nul doute que tout était déjà minutieusement réglé, qu’il ne restait plus qu’à tourner. Ainsi, Les Enchaînés est un film d’espionnage semblant d’abord statique, quand le genre privilégiait les poursuites effrénées, mais absolument parfait dans son architecture et son sens du détail. La preuve avec le plan le plus vertigineux du film, une plongée d’ensemble sur le début d’une grande réception qui finit sur un très gros plan sur la petite clé qu’Ingrid Bergman tient dans sa main. La progression du grand au petit, le décalage entre l’ampleur d’une scène remplie de figurants et l’objet qui définit en fait tout l’enjeu du film, sont étourdissants. Dans la trame d’espionnage, ce sont donc les objets (tasse de café, bouteilles de vin) qui importent plus que les personnages, et Hitchcock excelle comme jamais à nous faire passer des uns aux autres avec des mouvements de caméra et des perspectives forcées qui captent immanquablement l’attention du spectateur captif. Les Enchaînés use aussi du fameux mcguffin avec les bouteilles pleines d’uranium, objectif de la mission qui intéresse peu le spectateur. Cet élément narratif n’était alors pas aussi populaire qu’aujourd’hui, au point que Notorious dût faire face à une polémique chez les critiques américains de l’époque, ne tolérant pas que les nazis et la bombe atomique soient utilisés à de futiles fins narratives !

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Devlin (Cary Grant) et Alicia (Ingrid Bergman) est l’un des plus beaux couples filmés par Hitchcock. Ça s’arrose, non ?

Mais si l’uranium importe si peu, qu’est-ce qui peut bien le remplacer dans l’intérêt du spectateur ? Le couple, évidemment, et celui des Enchaînés, honoré par le titre français, est l’un des plus beaux qu’a filmé Hitchcock. Ingrid Bergman et Cary Grant ne sont pas de moindres stars et font émerger un romantisme fou, aussi aidés par le méchant très touchant joué par Claude Rains (c’est lui qui décrochera la nomination aux Oscars). Les Enchaînés est donc un très beau titre car il explicite cet amour étouffé par l’espionnage, nécessitant une clé pour s’en libérer. Le suspens du film réside moins dans la résolution de la mission que dans l’aveu de cet amour soumis à rudes épreuves, Bergman et Grant devant outrepasser leur position de spectateur que leur impose le métier. Hitchcock sait qu’il faut plus qu’une clé ou qu’une bouteille de vin pour attirer le public dans les salles, il faut aussi ces magnifiques séquences miroirs de l’interminable baiser sur le balcon et de l’interminable descente de l’escalier enlacés, ces moments où c’est l’amour qui devient une question de vie ou de mort. Il ne manquait plus que ce savant et ultime mélange d’émotion et d’angoisse pour parfaire le chef-d’oeuvre Notorious !

BASTIEN MARIE

Autres films d’Alfred Hitchcock sur le Super Marie Blog : La Maison du docteur Edwardes(1945), Le Procès Paradine(1947), Rebecca(1940)


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