La Maison du docteur Edwardes

mv5byju1otqymtutotg4zc00ztjmlwflngutzdawn2qzzmuzzjayxkeyxkfqcgdeqxvymdi2ndg0nq-_v1_sy1000_sx663_al_Spellbound Thriller américain (1945) d’Alfred Hitchcock, avec Ingrid Bergman, Gregory Peck, Leo G. Carroll et Michael Chekhov – 1h51

Le docteur Constance Petersen attend la venue du nouveau directeur de son établissement psychiatrique, le docteur Edwardes. Mais l’identité de ce dernier a été usurpée par un homme amnésique, persuadé de l’avoir tué…

Si tous les films d’Alfred Hitchcock devaient se résumer à leur concept, alors j’imagine que La Maison du docteur Edwardes, c’est celui sur lequel a bossé Salvador Dali. Si on veut être plus exhaustif, le film a été tourné par Hitchcock après son retour d’Angleterre où il avait tourné quelques courts-métrages pour l’effort de guerre. Son producteur David O. Selznick l’attendait de pied ferme à Hollywood et Hitchcock réussit à le convaincre d’acheter les droits du roman anglais The House of Doctor Edwardes (curieusement, seul le titre français se souviendra de celui du roman), une histoire bien barrée se terminant sur des messes noires mais auquel le réalisateur veut reprendre le thème de la psychanalyse, encore assez tabou à l’époque. Il convainc aussi la production d’engager Dali pour une séquence de rêve… dont Hitchcock délègue la réalisation au décorateur William Cameron Menzies. Ce dernier refusa d’être crédité au générique car la séquence, raccourcie d’ailleurs d’une dizaine de minutes, ne le satisfait pas. Quand la séquence sera applaudie par la critique de l’époque, Hitchcock ne se privera donc pas de s’en attribuer tout le crédit…

Tant mieux pour Hitchcock car la séquence de Dali est effectivement la plus mémorable de La Maison du docteur Edwardes. Avant qu’elle ne survienne, nous avons un thriller non dénué de fulgurances (le fondu enchaîné du baiser aux portes qui s’ouvrent, la séquence du rasoir) ni de gags (les dessins très suggestifs sur la nappe) mais sur lequel le réalisateur semble ronger son frein en attendant que le mystère s’épaississe. Une censure l’y aide aussi, l’autorisant à parler de psychanalyse dans un cadre naturaliste mais en bridant pas mal le vocabulaire de la profession. On imagine donc Hitchcock refouler un inconscient auquel son cinéma n’a pas encore droit. Ingrid Bergman s’accommode très bien de son rôle de psychologue, alors qu’on ne saurait pas trop dire si l’inconfort et la vulnérabilité de Gregory Peck sont joués ou réels.

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Les yeux de Dali accourent à la rescousse d’Hitchcock le temps d’une séquence de rêve.

La séquence de Dali arrive donc à point nommé pour électriser le film, et se montre aussi efficace dans son onirisme que dans son intérêt narratif. L’interprétation des rêves étant l’une des bases de la psychanalyse, logique que l’énigme de La Maison du docteur Edwardes se cristallise et se dévoile dans cette séquence. Hitchcock a donc eu le nez creux pour non seulement engager mais aussi laisser de la liberté à Dali qui pose sur le film son esthétique surréaliste (c’est surtout les très longues perspectives qui charmaient Hitchcock) et ses obsessions, comme celle de couper des yeux comme dans Un chien andalou. L’épisode onirique n’est donc pas gratuit, d’autant plus qu’il envoûte ce qui suit, comme une descente en skis de Peck et Bergman aussi surréaliste ou un gimmick final que je ne vous dévoilerai pas mais qui montre bien que Hitchcock partage avec son collègue peintre une approche subversive et franc-tireur…

BASTIEN MARIE

Autres films d’Alfred Hitchcock sur le Super Marie Blog : Les Enchaînés(1946), Le Procès Paradine(1947), Rebecca(1940)


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