A Beautiful Day

1695604You Were Never Really Here Polar américain, britannique, français (2017) de Lynne Ramsay, avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alex Manette, John Doman, Judith Roberts et Alessandro Nivola – 1h25

Joe, vétéran de la guerre en Irak, est engagé par un sénateur pour retrouver sa fille disparue…

Auteur de We Need to Talk About Kevin (2011), Lynne Ramsay a fait carton plein à Cannes cette année avec You Were Never Really Here : la dithyrambe critique a anticipé un double prix décerné par le jury pour le scénario (?) et l’interprétation de Joaquin Phoenix qui avait revêtu pour l’occasion ses plus belles Converses. Un ridicule titre « français » plus tard et une affiche rouge agressive proclamant « le Taxi Driver du 21ème siècle », A Beautiful Day a déboulé dans nos salles en novembre avec un accueil public bien plus tiède.

Si A Beautiful Day a eu l’effet d’une déflagration dans la sélection moyenne de Cannes, sa sortie en salles a donc été d’une relative discrétion, que je dirais logique par rapport à la qualité, assez moyenne elle aussi, du film de Lynne Ramsay. Il y a des idées intéressantes, surtout son approche étonnante du vigilante. Là où des cinéastes auraient été très démonstratifs sur les coups de marteau assénés par le GI Joe, Ramsay préfère esquiver cette violence en jouant habilement du hors-champ et en expédiant les missions vengeresses en séquences elliptiques, venant avant ou après le coup fatal. Il en ressort une sorte d’irréalité qui tend à faire de son ange exterminateur, pourtant massif, un fantôme traversant indifféremment la spirale de violence dont il est à la fois victime (les traumas sont aussi subliminaux) et bourreau. Le séduisant aspect spectral de ce Travis Bickle new age semble aussi inspirer le titre original You Were Never Really Here – tu n’as jamais vraiment été là.

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Joe (Joaquin Phoenix) nous montre son plus beau regard de vénère pour rivaliser avec celui de Travis Bickle.

Malgré tout, s’il faut comparer A Beautiful Day à Taxi Driver, ce qu’on ne peut s’empêcher de faire puisque les deux racontent la même intrigue, Ramsay perd évidemment le duel, son film étant d’une vanité manifeste à côté de celui, fondamental (et palmé !), de Scorsese. Car si A Beautiful Day a quelque élégance, il tourne pas mal à vide, si spectral justement qu’il nous passe complètement au travers. A l’image de l’interprétation de Joaquin Phoenix : il est très talentueux, ça ne surprendra personne, mais il n’a pas non plus grand chose à jouer avec un personnage si abstrait. En invoquant le vigilante tout en l’esquivant, Ramsay est finalement hésitante et nous met dans une position inconfortable où à la fois on apprécie la dimension évanescente du film et on regrette la lourdeur avec laquelle le propos se rappelle à nous (les pulsions de mort de Joe, le miroir que lui tend la gamine, le suicide imaginaire, etc). En décidant mieux ce qu’il doit montrer ou non, traiter ou non, A Beautiful Day m’aurait peut-être autant touché que son public cannois…

BASTIEN MARIE


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