Pris au piège

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Un groupe de madrilènes ordinaires se retrouvent au troquet un beau matin, qui vire au cauchemar quand deux clients sont abattus froidement à la sortie du bar…

Grand maître espagnol du cinéma, Alex de la Iglesia est de retour avec El Bar (qu’on préférera au titre français passe-partout Pris au piège). Sauf que cette fois, après des années de sorties confidentielles en salles, le réalisateur doit se contenter de la case vidéo. Y a-t-il un rapport avec son discours contre l’équivalent espagnol d’Hadopi lors de la cérémonie des Goya, l’équivalent espagnol des Césars ? On ne va pas faire dans la théorie du complot, d’autant plus que c’est ce que semble fustiger Iglesia et son fidèle coscénariste Jorge Guerricaechevaria avec cet El Bar, un thriller (oui, oui, ça existe dans d’autres pays d’Europe) encore bien frappé, doté de l’énergie et de l’humour noir habituels de l’auteur.

Alex de la Iglesia commence son film d’emblée de main de maître : en un étourdissant plan-séquence, il nous présente ses personnages piochés au hasard des passants. Une bimbo en route pour un rencard Tinder, un hipster sorti d’une boîte de com’, un ancien flic avec un fond fasciste, un SDF illuminé, une radine espérant toucher le jackpot de la vieille machine à sous : autant de stéréotypes ambulants viennent s’agglutiner dans le bar du titre dont quelque chose me dit qu’il servira de microcosme à une Madrid toujours aussi malsaine et explosive qu’à l’époque du Jour de la bête et Mes chers voisins. Il ne faut pas longtemps non plus pour que la violence absurde propre au cinéaste vienne frapper : deux clients abattus par un sniper invisible, et c’est tout le bar qui est pris dans un vent de panique emportant aussi le spectateur. Celui-ci n’en saura pas plus que les personnages sur les causes de cette violence soudaine, si bien que les explications les plus folles s’accumulent en quelques minutes : attaque terroriste, invasion de zombies, complot gouvernemental, virus mortel, etc. Je ne vais pas vous dévoiler de quoi il en retourne exactement, mais il est clair que la première raison est ce qui semble avoir aiguisé la plume redoutable de la Iglesia et Guerricaechevaria. Ils l’affirment sans détour (une réplique cite aussitôt les attentats de Paris) et la confusion de leurs personnages est tout à fait à l’image d’une société se figeant toute seule dans un état d’urgence tout autant incapable à identifier la menace (elle change sans cesse de nature en trente secondes chrono !) qu’à y faire face efficacement.

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Satur (Secun de la Rosa) enduit Elena (Blanca Suarez) pour la faire sortir du bar, même si ce n’est pas ce qu’elle entendait par « plan bien huilé »…

La suite d’El Bar est naturellement un film de siège parfaitement exécuté, une parodie d’Assaut approfondissant – littéralement ! – la claustrophobie ambiante et glissant dans une noirceur rarement atteinte chez Iglesia. On était habitué à voir chez lui des situations paroxystiques noyés dans une urbanité indifférente, mais ce sentiment est encore plus prégnant ici. La désinformation orchestrée par les médias, même brièvement exposée, est atrocement crédible. La désincarnation de la menace (c’est un film de siège… sans assaillants !) a le don de rendre les personnages encore plus monstrueux, habités par un instinct de survie effrayant. Le pire restant sans doute que l’organisation sociale est à peine ébranlée par le danger, chacun se conformant à l’archétype avec lequel il est entré dans le bistrot. El Bar est donc foutrement pessimiste mais, croyez-le ou non, il est aussi très drôle et survolté. Ce qui ne surprendra que les profanes de la Iglesia…

BASTIEN MARIE

PS : j’ai appris, juste après avoir vu le film, que Terele Pavez, actrice fidèle d’Alex de la Iglesia, nous avait quitté le 11 août dernier. Ici, elle joue la tenancière du bar, tout aussi sanguine et irrésistible que les autres personnages que lui avait confié le cinéaste. Je lui dédie modestement mon article…


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