Pour le réconfort

4110494.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxDrame français (2017) de Vincent Macaigne, avec Pauline Lorillard, Pascal Rénéric, Emmanuel Matte, Laurent Papot, Joséphine de Meaux et Laure Calamy – 1h31

Après des années d’errances à travers le monde, Pascal et Pauline retournent dans leur Loiret natal pour régler la question du domaine familial dont ils ne parviennent plus à payer les traites. Les retrouvailles avec leurs anciens amis restés au pays se teintent vite d’amertume et virent à la lutte des classes…

Metteur en scène remarqué au théâtre et acteur tellement omniprésent dans le cinéma français de ces dernières années que personne ne semble l’avoir découvert et vu dans les mêmes films, Vincent Macaigne réalise avec Pour le réconfort son premier long métrage pour le grand écran (après une adaptation de Dom Juan diffusée sur Arte). Planchant depuis quatre ans sur cette adaptation libre de La Cerisaie de Tchekhov, le réalisateur ne cède pas pour autant aux fastes du 7ème Art et opte pour une production plus que réduite, tourné en deux semaines sans équipe technique, les acteurs prêtant main forte pour le cadre et la prise de son. Ce que le film peut perdre à l’image, il le gagne indéniablement en énergie et la simplicité des moyens n’a d’égal que l’ambition folle du projet. En effet, Vincent Macaigne décide d’aborder sans détour la fameuse fracture sociale qui n’en finit pas de diviser notre société. Film politique et engagé, Pour le réconfort l’est indéniablement, ne serait ce que par sa confection, mais ne fait jamais dans le prosélytisme, préférant rouvrir le débat.

Le cadre de la joute se réduit ici à un weekend champêtre entre six amis d’enfance à l’occasion du retour de Pauline et Pascal. Trentenaires quelques peu adulescents, ils ont tout des bobos dont on nous rabâche les oreilles (la droite comme la gauche), totalement déconnectés de la réalité, ayant même carrément préféré l’exil. Dans des monologues élégiaques mais pas non plus dénués d’espoir, la jeune bourgeoise paumée aspire simplement à un avenir heureux pour tous. Elle sera simplement considérée comme une tarée par les autres. Rattrapés par leurs dettes, les frères et sœurs doivent en effet faire face à ceux qui vivent toujours, avec fierté, dans cette région mais qui n’ont même pas eu le choix de rester. Parti de rien et désormais directeur d’un grand complexe pour retraités, Emmanuel est un homme revanchard, dévoré par la haine, bien loin des vertus de la saccro-sainte réussite vantée par un autre Emmanuel. Épaulé par sa femme Laure toute aussi rageuse et désireux d’étendre encore davantage sa fructueuse affaire, il convoite le domaine de Pascal et Pauline, des terres que l’arboricultrice Joséphine a reboisées. Dans son approche à fleur de peau mais sans certitude, l’insoluble problématique de Vincent Macaigne convoque en permanence un pesant passé et la nécessité d’un avenir meilleur. Faut-il privilégier les arbres aux êtres humains ? Faut-il préférer les parvenus aux dents longues à une bourgeoisie fatiguée qui n’assume plus ses charges ? Faut-il continuer à lutter avec colère ou se résigner à espérer qu’un compromis soit encore possible ?

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Mes amis habitent près du Loire-et-Cher, ces gens là ne font pas de manières…

Au milieu de ces deux partis qui s’affrontent, le lunaire Laurent, conjoint de Joséphine et employé d’Emmanuel qui a tout des personnages souvent incarnés par Macaigne, mais surtout le spectateur lui-même qui, s’il n’est pas totalement allergique à ce genre de cinéma français, se retrouve pleinement acteur d’un débat très tendu. L’alcool ne manque pas d’animer les discussions de soirée et même la musique et la danse ne suffisent plus à calmer les tensions. Les rancœurs explosent pleinement lors d’un trajet en voiture (et donc sans alcool cette fois… à priori…), alors qu’entre Pascal et Emmanuel éclate une engueulade d’une intensité qu’on peine à retrouver depuis le cinéma de Pialat ou la grande époque de Piccoli chez Sautet (ou alors, au hasard, La bataille de Solférino…). Alors oui, on fait pour nombre d’entre nous parti de générations élevés par un petit alien vert qui nous a appris que la colère beaucoup de mal elle faisait, n’empêche qu’une telle gueulante, ça peut aussi faire du bien là où ça passe. Bon, cette dispute nous laisse cependant sur un constat amer quand à la société française d’aujourd’hui et à ses vieux démons, des questions toujours pas réglées depuis la révolution, celle là même qui nous sert d’idéal mais se retrouve généralement malmenée de tous les côtés. Si la démocratie était facile, il y a fort à parier que ça se saurait ! Sortant du film dans le même état que les personnages terminent leur weekend, pour le réconfort, il faudra peut-être repasser.

Oeuvre brut, mélancolique et sombre qui montre que l’ambition n’est pas qu’affaire de moyens et que ce n’est pas parce qu’on ne connait pas toujours les raisons de sa révolte qu’il faut nécessairement la fermer, ce premier essai de Vincent Macaigne est donc loin du « feel good movie » promis par le titre et c’est tant mieux. Ce qui réconforte malgré tout, c’est bien qu’un film tel que Pour le réconfort puisse encore se faire, en espérant qu’un jour, d’autres continueront à se frayer une place jusqu’aux grands écrans, sans même que leurs réalisateurs n’aient de noms tels que celui de Vincent Macaigne.

CLÉMENT MARIE


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