Au revoir là-haut

196053Drame français (2017) d’Albert Dupontel, avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Niels Arestrup, Emilie Dequenne, Mélanie Thierry et Michel Vuillermoz – 1h57

Après qu’ils se sont sauvés la vie dans les tranchées, Albert Maillard s’occupe d’Édouard Péricourt, défiguré par la guerre. Voyant leur tyrannique lieutenant Pradelle profiter de la fin de la guerre, Albert et Édouard vont fomenter ensemble une arnaque au monument aux morts…

Depuis son prix Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut, Pierre Lemaître a vu se multiplier les enchères pour les droits d’adaptation de ses œuvres pour le cinéma et la télévision. Avec 9 mois ferme, Albert Dupontel a signé son plus grand succès public, récoltant quelques Césars au passage. Au sommet de leurs carrières respectives, les deux auteurs se rencontrent pour l’adaptation d’Au revoir là-haut qui, disons-le dès maintenant, est l’un des meilleurs films français de l’année – l’autre étant Grave. Pour une fois, j’avais lu le livre avant de voir le film et, coup de bol, Au revoir là-haut est un modèle d’adaptation. L’admiration de Dupontel pour le livre de Lemaître est évidente vu l’énergie et la générosité avec lesquelles il le met en scène, et aussi quand il prétend que le roman était un scénario livré clé en mains. Le réalisateur de Bernie fait le modeste, car il « trahit » très intelligemment son modèle. Les nombreux changements, du récit raconté en flash back au destin de certains personnages, ne font qu’apporter plus de qualités cinématographiques et fluidifient un récit qui aurait pu être périlleux avec ses épisodes administratifs (même si l’administratif ne doit pas faire peur au Dupontel fan de Brazil). Et puis, quoiqu’il en soit des changements, l’esprit du livre de Pierre Lemaître est bel et bien là : on se retrouve face à la même satire amère, animée par des profiteurs de guerre et des gueules cassées vengeresses, à peine adoucie par le regard très humain que le réalisateur pose sur ses personnages.

« AU REVOIR LÀ-HAUT » Réalisé par Albert DUPONTEL
Édouard (Nahuel Perez Biscayart) et Albert (Albert Dupontel) fêtent la réussite de leur arnaque.

Écrit de main de maître, Au revoir là-haut est mis en scène avec le même brio, nous donnant à voir du cinéma français qui a de la gueule. Tourné pour 20 millions d’euros, le budget se voit à l’écran, contrairement à des comédies d’appartement tournées pour le même prix. Pour recréer la France des années folles, Dupontel a pu compter sur des équipes de postproduction exemplaires, remplissant des fonds verts avec des décors riches et aboutis. Le réalisateur trouve dans le film d’époque un panache peu ordinaire dans un cinéma français qui invoque souvent du passé la poussière. Dupontel soigne sa reconstitution dans les moindres détails, imitant à l’étalonnage le rendu des pellicules d’antan et truffant le film de citations à la culture et au cinéma de l’époque (on pourrait garnir tout un musée de maîtres de la collection de masques d’Édouard). Le personnage d’Albert porte d’ailleurs le costume de Buster Keaton, l’occasion d’affirmer sa filiation avec le maître burlesque pour un Dupontel qui aime lui aussi poursuivre des personnages similaires de films en films. Il mène d’ailleurs une distribution de haut niveau : casté avant 120 battements par minute et au nez et à la barbe d’acteurs plus connus refusant de porter des masques, Nahuel Perez Biscayart n’use que de ses yeux pour bouleverser (et hérite plus de Lon Chaney que de Keaton) ; Laurent Lafitte campe une ordure de première qu’on adore détester ; et attendez de voir la dureté de Niels Arestrup se briser…

Pour sa première adaptation, son premier film d’époque et avec beaucoup plus de personnages qu’à son habitude (ça fait beaucoup de premières fois donc), Albert Dupontel réussit tout ce qu’il entreprend, Au revoir là-haut devenant, si ce n’est son meilleur film, son plus ambitieux. Il ouvre considérablement son cinéma, mais le réalisateur ne fait pas de concessions pour autant. C’est une occasion rare mais ô combien grisante de voir un cinéaste signer un film à la fois plus populaire et plus abouti, poursuivant logiquement et brillamment le succès de 9 mois ferme. Donc allez voir Au revoir là-haut parce que, putain, c’est ce qu’on appelle du cinéma !

BASTIEN MARIE


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