Detroit

mv5bmtg4mdk4mtuxmf5bml5banbnxkftztgwnde5nja5mji-_v1_sy1000_cr006741000_al_Polar américain (2017) de Kathryn Bigelow, avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Hannah Murray, Jack Reynor, Ben O’Toole, John Krasinski et Anthony Mackie – 2h23

En 1967, alors que Detroit est à feu et à sang à cause d’émeutes raciales, un motel devient le théâtre tragique d’une intervention policière musclée…

Attention, cette bafouille révèle de A à Z la structure du film. Il est donc préférable d’avoir vu le film avant de lire ce qui suit. Merci de votre compréhension.

Après Démineurs (2008) et Zero Dark Thirty (2012), Kathryn Bigelow retrouve son scénariste et producteur Mark Boal pour raconter un événement tragique des émeutes de Detroit en 1967, où un canular dans un motel a coûté la vie à trois afro-américains abattus par des policiers. Ce sont des émeutes plus récentes – celles de Ferguson en août 2014 où un jeune afro-américain non armé a aussi été abattu par un policier blanc – qui ont donné envie à Bigelow de déterrer cette histoire pour amorcer la rétrospection d’une Amérique raciste. Symboliquement, Detroit a tenu sa première projection au Fox Theatre (visible dans le film) cinquante ans presque jour pour jour après la fin des émeutes.

Detroit est construit en trois parties distinctes : les émeutes, le drame au motel, et le procès. La première partie est sans doute la plus passionnante – et aurait donc gagné à être un peu plus longue. Au fil du scénario très documenté de Mark Boal, Kathryn Bigelow montre l’escalade de violence qui gagne la ville. Mais elle filme ces émeutes comme elle filmait les conflits au Moyen-Orient dans Démineurs et Zero Dark Thirty, dans un style ressemblant aux images des reportages télé. Dès lors, la reconstitution sixties se retrouve plongée dans une imagerie tristement actuelle, Bigelow donnant une esthétique contemporaine à ces événements du passé. On ne peut pas s’y tromper : Detroit conjugue le passé au présent, ce qui profite autant au récit (la présentation des personnages saisis dans le chaos) qu’au propos. Participant à cette vague de films hollywoodiens dénonçant le racisme américain persistant (12 Years a Slave, Django Unchained, Fruitvale Station, etc), Detroit se montre encore plus franc dans son discours : l’événement d’il y a cinquante ans a encore des similitudes avec l’époque actuelle, et l’Amérique est en guerre sur son propre territoire.

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Melvin Dismukes (John Boyega) est un noir avec un uniforme, ce qui, dans le Detroit des années 60, signifie littéralement avoir le cul entre deux chaises…

Dans ses deux segments suivants, Detroit est plus attendu mais pas moins efficace. La partie du motel est un survival insoutenable où la mise en scène de Kathryn Bigelow fait encore des merveilles. Sur le plateau, elle tournait les séquences en peu de prises mais avec de nombreuses caméras allant arracher les détails par des zooms, recadrages et mouvements brutaux. Une réalisation heurtée qui saisit l’événement avec une précision chirurgicale tout en révélant sa nature chaotique et confuse. Mais les cahotements de la caméra ne servent pas qu’à faire réaliste comme chez un vulgaire Paul Greengrass, car Bigelow s’attache aux points de vue de ses personnages et révèle la multiplication de ces points de vue ainsi que leur perception partielle de l’horreur. Dommage que les répliques soient redondantes car la réalisatrice et ses acteurs (dont un très flippant Will Poulter ; et dire qu’il devait jouer Pennywise dans Ça…) avaient impeccablement caractérisé les personnages par leurs actions et leurs postures.

La tension permanente de Detroit ne connaîtra pas de soulagement, en tous cas pas avec son dénouement en film de procès. Bigelow retrouve alors une forme hollywoodienne plus conventionnelle et des scories de « film tiré d’une histoire vraie ». Une conclusion qui décolle le film de son immédiateté brûlante et souligne les leçons non tirées de l’Histoire – qu’on avait saisi depuis un moment. Le dénouement est donc un peu décevant, servant essentiellement à passer la pommade après la noirceur de ce qui a précédé, mais ça ne gâte pas trop la puissance de Detroit, nouveau grand film d’une Kathryn Bigelow qui n’a rien perdu de sa conviction et de son cinéma tête brûlée.

BASTIEN MARIE


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