Panique

mv5bmdrly2qzyzqtzdu5yy00y2e0ltljywmtyzqyytkwnmqyn2y3xkeyxkfqcgdeqxvymja0mzywmdy-_v1_sx762_cr00762999_al_Polar français (1946) de Julien Duvivier, avec Michel Simon, Viviane Romance et Paul Bernard – 1h31

Une femme est retrouvée assassinée dans le terrain vague d’un quartier parisien. Alors qu’il détiendrait une preuve irréfutable sur l’identité du meurtrier, monsieur Hire, jugé excentrique par son voisinage, se retrouve au centre de tous les soupçons…

Après une carrière infructueuse aux Etats-Unis pendant la guerre, Julien Duvivier, autrefois célébré pour La Belle Equipe (1936) et Pépé le Moko (1937), revenait en France avec Panique, adaptation des Fiançailles de monsieur Hire de Georges Simenon coécrite avec Charles Spaak. Malheureusement, à cause de son sujet sombre et de la réputation ternie de son réalisateur par sa traversée de l’Atlantique, Panique fut un échec et Duvivier dut attendre les Don Camillo pour retrouver les sympathies du public français. Quant au roman de Simenon, il connaîtra une seconde adaptation en 1989, par Patrice Leconte avec Michel Blanc et Sandrine Bonnaire.

Et moi qui pensais que Julien Duvivier était un auteur plutôt sage, presque inoffensif, à cause du costard que lui avaient taillé les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague… Pourtant, n’en déplaise à Truffaut et Godard, il en fallait du cran pour sortir Panique juste après l’Occupation, ce film noir et pessimiste montrant un quartier parisien dévoué à la suspicion et la délation ! L’échec du film à l’époque en devient assez logique car, même si Duvivier semble parfois revenir au réalisme poétique qui a fait la gloire du cinéma français des années 30, Panique est rongé par une noirceur dont le fantasque Michel Simon, excellent comme toujours, ne parvient pas à s’extirper. Il est désespérément seul face à la foule de badauds que Duvivier déverse dans son gigantesque quartier de studio, tissant habilement son récit entre confidences en intérieur nuit et exagérations en extérieur jour, où les faits se transforment dans les brouhahas.

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Monsieur Hire (Michel Simon) n’a même pas moyen de faire un tour d’autos-tamponneuses peinard !

Duvivier voudrait d’abord nous amuser de cette conspiration de comptoir, en usant de seconds rôles comiques et surtout d’une fête foraine (les forains ne sont pas très bien accueillis non plus d’ailleurs) comme vitrine d’une pensée populaire qui se voudrait bon enfant. Il n’empêche qu’un tour d’autos-tamponneuses, durant lequel monsieur Hire est pris pour cible par toutes les autres autos du manège, anticipe dangereusement les événements à venir avec une violence déjà bien présente. Les lumières et les illusions de la fête foraine apportent son lot d’amalgames et de confusions – le meurtre ne devient-il pas aussi une attraction ? – amorçant les mécanismes de l’hystérie collective des habitants qui rejettent celui qui leur semble un tant soit peu différent, prenant par exemple beaucoup de plaisir à s’introduire dans la chambre de Hire pour la vider de ses affaires. Initié par les machinations du couple criminel (dont Viviane Romance touchante en femme fatale malgré elle), ce mouvement de foule crée lui-même la panique qui l’anime. Et cette panique, si elle était de trop pour les spectateurs d’antan, marque encore ceux d’aujourd’hui avec une mise en scène de Duvivier aussi rigoureuse que la plume de Simenon.

BASTIEN MARIE


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