Good Time

mv5bndawmzg2mwetmjmyzc00mtnllwjkmgqtzwrknjbimmi2mtm5xkeyxkfqcgdeqxvyntuynjiymzg-_v1_sy1000_sx675_al_Polar américain (2017) de Josh & Benny Safdie, avec Robert Pattinson, Benny Safdie, Jennifer Jason Leigh, Buddy Duress, Taliah Webster et Barkhad Abdi – 1h40

A New York, après un braquage raté, Connie passe la nuit à tenter de faire sortir son frère Nick de prison…

Aujourd’hui, le cinéma new-yorkais est plutôt orphelin. Martin Scorsese s’aventure dans des genres qui l’emmènent loin de sa Little Italy, Jim Jarmush s’est barré dans le New Jersey (Paterson), Woody Allen en Europe, et les films de Spider-Man sont devenus trop mauvais pour y prêter encore attention. Heureusement, les frères Safdie continuent de nous donner des nouvelles de la Grosse Pomme et, après les errances des junkies de Mad Love in New York (est-il encore inédit en France d’ailleurs ?), ils y envoient Robert Pattinson en braqueur loser dans Good Time, leur premier film de genre. Malheureusement, leur After Hours criminel dans le Queens est reparti bredouille du dernier festival de Cannes, contrairement au Taxi Driver de Lynne Ramsay avec Joaquin Phoenix qui sort dans un mois et demi.

C’est dommage parce que Good Time est un polar racé et haletant, et surtout new-yorkais jusqu’à la moelle, au point qu’on en redécouvrirait la ville pourtant maintes fois filmée. Espérons que la présence de Robert Pattinson, qui crève l’écran comme jamais, donnera à Good Time un accueil public plus chaleureux. Quoiqu’il en soit, le film commence sur Nick (Benny Safdie, également très bon acteur), ayant du mal à se faire à l’entretien psychologique qu’il passe avant que son frère Connie, dont on devine la toxicité à l’instant où il surgit dans la pièce, ne l’en sorte pour un braquage médiocre. Les Safdie cadrent leurs deux frangins de héros (tiens, tiens) en très gros plans, imposant une oppression dont Connie et Nick auront du mal à se défaire. Puis c’est leur butin qui leur explose à la gueule en un gaz rouge vif – agression visuelle pure et simple – avant que Nick se fasse choper et soit passé à tabac en taule avant la nuit tombée. Générique, lançant l’odyssée nocturne de Connie pour sortir son frangin de là et continuer à croire à une liberté dérisoire.

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Connie Nikas (Robert Pattinson), une sorte de vampire si on veut, du genre à braquer des banques…

Tout ça pour vous dire en gros que Good Time, c’est de la très bonne came, qui vous chope par le colback dès le départ et ne vous lâchera pas tant que vous ne serez pas autant à bout de souffle que Connie. Mais ce qui saisit ainsi dans le film des Safdie n’est pas tant le rythme de son récit, assez fluctuant, mais plutôt sa réalisation nerveuse, sensitive, viscérale. Les très gros plans en Scope ont le don de couper les perspectives des personnages tout en les laissant noyés dans leur environnement. La photographie de Sean Price Williams, sublime, s’ingénie à éclairer les séquences avec de petites sources de lumière (téloche, tableau de bord, néons, etc) les baignant dans les ténèbres épaisses du 35 mm qu’honnêtement, on avait pu oublier. Une nuit antithétique de celle de Collatéral en somme. Ajoutez à cela le score génial de Oneohtrix Point Never sonnant comme du Tangerine Dream très inspiré (une comparaison qui ne plairait pas au compositeur à ce qui paraît, mais qu’importe), et on tient avec Good Time un film qui revient à une essence brute de polar new-yorkais au ras du bitume (d’ailleurs, je vous pose Blue Jean Cop ici).

Ce street credit, Good Time le doit aussi à son casting sauvage, trouvant ses acteurs chez des ex-taulards aux trognes pas possibles. Au milieu de cette faune new-yorkaise, Robert Pattinson se trouve curieusement très à l’aise, trouvant une occasion définitive de pulvériser le suffixe « de Twilight« . Il est parfait en petite frappe malchanceuse, allant de galères en galères, ne supportant pas l’absence de son frère au centre du film malgré ses quelques apparitions, et le remplaçant par le premier complice d’infortune venu qu’il trouve toujours le moyen d’enrôler. Toujours fuyant et à cran, Pattinson improvise avec virtuosité, marquant son jeu d’une urgence très communicative. On dirait le Al Pacino d’Un après-midi de chien en pâlot et blond ! Bref, Pattinson n’aura pas seulement eu la bonne idée de mettre en lumière le cinéma passionnant des Safdie (moi, en tous cas, j’en redemande !) mais aussi le nez pour trouver son rôle le plus crucial jusqu’à présent, celui d’un braqueur anonyme et raté dans la nuit de New York qui, paradoxalement, l’impose enfin comme un acteur incontournable.

BASTIEN MARIE


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