120 battements par minute

184359Drame français (2017) de Robin Campillo, avec Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel et Antoine Reinartz – 2h20

Au début des années 90, Nathan rejoint l’association parisienne Act Up luttant contre le sida, et tombe amoureux de Sean, l’un de ses membres les plus actifs…

Chaque année, le festival de Cannes compte dans sa compétition un film qui met a priori tout le monde d’accord, qui émerveille, qui met KO ou les deux. Bref, une Palme d’or du cœur, ne se retrouvant pas toujours palmé d’ailleurs. Cette année, ce cliché critique de Palme d’or du cœur a été décerné à 120 battements par minute, comme son titre pouvait l’indiquer. En se rappelant de ses années Act Up et son militantisme anti-sida, Robin Campillo, collaborateur régulier de Laurent Cantet (palmé, lui) et réalisateur des Revenants (le film, qui n’avait pas aussi bien marché que la série) et Eastern Boys, a donc fait chavirer la croisette et le comité français des Oscars qui l’a déjà envoyé à Hollywood, où un peu de tolérance ne ferait pas de mal.

Forcément, on est toujours un peu fébrile quand on va voir le « choc de Cannes » annuel au cinéma : assommés par ces morceaux de critiques jetés sur les affiches et dans les bandes-annonce, on en devient binaire dans notre appréciation. Le film tiendra-t-il sur son piédestal ou va-t-on se montrer enclin à l’en faire chuter à la première occasion ? Le consensus critique ressemble souvent à une prise d’otage du spectateur qui a ensuite du mal à voir le film pour ce qu’il est. Bon, dans le cas de 120 battements par minute, il est un bon film, presque d’utilité publique dans sa résurrection du sujet du sida perdu de vue au fil des années. Robin Campillo soigne sa nostalgie des années Act Up en ravivant l’énergie du désespoir de l’association. Le réalisateur nous fait entrer directement dans l’assoc (première réplique : « Bienvenue à Act Up »), prenant aussi peu de gants que le groupe militant. Il nous montre l’art de la mise en scène de l’association (débriefing en montage alterné d’une action antérieure), nous place au cœur des débats qui secouent l’amphi où ils se réunissent chaque semaine, et se permet quelques beaux symboles visuels comme ce film de poussière flottant au-dessus du dancefloor dans des séquences de club tendant à l’abstraction. Bref, dans sa première partie, 120 battements par minute nous entraîne dans une effervescence militante à laquelle il est difficile de résister, nous embarquant dans des actions et des débats qui ravivent une parole politique bien moribonde aujourd’hui. Grâce à sa troupe de jeunes acteurs à bloc, le film a une belle énergie, au risque de manquer parfois de recul pour contextualiser l’association dans son époque.

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Thibault (Antoine Reinartz), un des leaders d’Act Up, au cœur d’une action coup de poing tout à fait au goût de l’association.

Parce que c’est bien gentil ce début de film grisant, mais à la place de Campillo, je m’inquiéterais de ce consensus très vite acquis par 120 battements par minute comme s’il n’évoquait que le bon souvenir d’une association toute gentille. Alors que Act Up était vraiment une association qui dérangeait à l’époque, mettant en scène ses actions fortes pour arracher des réponses, des mea culpas et de la considération. Or, le succès de 120 battements par minute, avec son lot de personnalités se ralliant soudain à la cause, tend à faire penser que le film fait un éloge un peu irraisonné à l’association. Campillo se montrerait-il un peu trop sage ? En tous cas, dans la seconde partie du film, il bascule dans l’accompagnement du calvaire de Sean, joué par le surdoué Nahuel Pérez Biscayart qui n’attend plus que la sortie d’Au revoir là-haut pour devenir une star. Tout à coup, le rythme du film ralentit à mesure que la maladie le dévore, et là Campillo saisit vraiment le spectateur. Il nous montre avec la lente agonie de Sean ce qu’il en retournait vraiment de se battre contre cette mort certaine, et n’épargne rien au spectateur. Pas de fausse pudeur dans 120 battements par minute donc, et c’est très bien comme ça. Car plus que de faire l’historique de l’association, l’analyse de sa place dans la société française, Campillo a plutôt excellé à faire revivre l’esprit de ces jeunes militants mourants mais vivaces, n’ayant pas le temps de s’excuser pour leur mauvaise foi et leurs provocations. C’est cette flamme-là qui fait briller 120 battements par minute, qui fait la qualité de son travail rétrospectif et qui, bah oui, a embrasé Cannes.

BASTIEN MARIE


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