La Forteresse noire

mv5bn2i3zwrkndutm2u0my00ywe2ltkzyjitm2e5zgi3nguyytnjxkeyxkfqcgdeqxvyndkzntm2odg-_v1_sy1000_cr006661000_al_The Keep Film fantastique américain (1983) de Michael Mann, avec Scott Glenn, Alberta Watson, Jürgen Prochnow, Ian McKellen, Robert Prosky et Gabriel Byrne – 1h36

Une escouade nazi investit une forteresse roumaine idéalement placée pour surveiller le front de l’Est, mais elle y réveille la puissante créature qui y est enfermée…

Après Le Solitaire (1981), premier film matriciel s’il en est, Michael Mann se lance dans le fantastique avec La Forteresse noire, tiré d’un roman de F. Paul Wilson. S’inspirant de La Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim, Mann comptait signer un ambitieux conte pour adultes, profitant des décors du multi-oscarisé John Box. Malheureusement, la production fut un véritable calvaire : le tournage au Pays de Galle (la Roumanie communiste étant inaccessible) a été constamment retardé à cause de la météo pluvieuse, le superviseur des effets spéciaux Wally Veevers est mort au beau milieu d’une postproduction qui s’est faite à l’aveugle, le montage a été considérablement réduit par le studio, etc. Renié publiquement par F. Paul Wilson (qui s’inspira de l’expérience pour écrire plus tard une nouvelle sur un écrivain jetant un sort vaudou à un réalisateur voulant adapter son oeuvre !), La Forteresse noire fut un échec retentissant, débouchant sur une sortie vidéo dans une large partie du monde. Dégoûté, Mann ne s’est plus jamais approché du fantastique et s’est retranché à la télévision, attendant le succès de la série Deux flics à Miami pour se remettre en selle.

Au terme d’un tel chemin de croix, La Forteresse noire est doucement devenu assez culte dans la catégorie des grands films maudits. C’est assez logique puisque les aléas de la production se font grandement ressentir dans le résultat final, un film fantastique très décousu et n’échappant pas au kitsch quand il s’intéresse au personnage assez grotesque campé par Scott Glenn. Pour autant, il subsiste indéniablement des traces de l’ambition originelle de Michael Mann, en particulier dans sa phase d’exposition très soignée et intrigante. S’essayant avec une grande assurance au Scope qu’il ne quittera plus, mettant grandement en valeur les décors de John Box (la forteresse du titre, elle au moins, est mémorable), Mann nous fait entrer dans sa Forteresse noire avec la méticulosité qu’on lui connaît, dans un montage qui n’a pas encore l’air d’être trop abîmé par les coups de ciseaux des producteurs. Emmené par Jürgen Prochnow, l’acteur le plus appliqué du cast tout juste révélé par Le Bateau, rythmé par le score toujours bon à prendre de Tangerine Dream, La Forteresse noire fascine donc comme un grand film fantastique en puissance jusqu’à la première intervention du monstre punissant deux soldats nazis appâtés par le gain.

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Les amants du film Glaeken (Scott Glenn) et Eva (Alberta Watson) se tiennent aux portes non pas de la boîte de nuit du coin, mais bien de la forteresse noire.

Malheureusement, La Forteresse noire perdra en puissance jusqu’au bout, n’égalant pas cette entrée en matière très maîtrisée. Il faut dire que la thématique historique très intéressante de Mann (les nazis terrassés par plus puissant qu’eux, et par une créature juive en plus) s’accorde mal avec des effets spéciaux très inégaux et avec un récit s’effilochant dangereusement à vouloir expliquer son argument fantastique (et encore une fois, Scott Glenn en chevalier de lumière chelou n’arrange rien !). La créature designée par Enki Bilal est tout de même très belle, et le film compte nombre de plans aptes à imprimer durablement la rétine, mais le chaos de la production le rend difficile à tenir. La Forteresse noire est donc assurément un film maudit car on aura rarement vu un tel mélange de confusion maladroite et de mise en scène visionnaire. Que Mann se rassure : même dans ce film bizarre qu’il voudrait voir disparaître, son génie n’est peut-être pas indemne mais reste évident.

BASTIEN MARIE


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