Wind River

mv5bmtuymju1otuwm15bml5banbnxkftztgwmdg1ndq2mji-_v1_sy1000_cr006741000_al_Polar américain (2017) de Taylor Sheridan, avec Jeremy Renner, Elizabeth Olsen, Graham Greene, Gil Birmingham et Jon Bernthal – 1h47

Dans la réserve indienne de Wind River dans le Wyoming, le pisteur Cory Lambert retrouve le corps d’une jeune amérindienne. Le FBI envoie Jane Banner, une recrue inexpérimentée, pour mener l’enquête avec lui…

Si ce n’est par les fans de Sons of Anarchy qui l’auront reconnu dans l’uniforme du frustré deputy Hale, l’acteur Taylor Sheridan est surtout connu comme scénariste puisqu’il a signé les scripts de Sicario de Denis Villeneuve (dont la suite, Soldado, est bientôt bouclée) et de l’excellent Comancheria de David Mackenzie. Pour conclure cette trilogie des frontières, Sheridan signe lui-même la réalisation de Wind River, son second long-métrage après un obscur film d’horreur, Vile, en 2011. Elizabeth Olsen et Jeremy Renner (qui faillit être remplacé par Chris Pine) sont les stars d’un polar inspiré à son auteur par le fort taux d’amérindiennes portées disparues. Et le cinéaste a vu son observation tristement confirmée par des indiens présents sur le tournage dans l’Utah : ceux-ci lui ont expliqué que si tant d’affaires restaient irrésolues, c’est parce qu’aucun représentant indien de la loi n’a le droit d’enquêter dessus, devant laisser leur place à des agents fédéraux qui ont de plus gros chats à fouetter.

Cette absurdité de la loi américaine devient naturellement le nœud tragique de Wind River dans lequel le corps de la victime indienne, ne pouvant être considérée comme assassinée par le légiste, ne peut donner le départ qu’à une vengeance dans la plus pure loi du talion face à l’impuissance de la loi fédérale. Dès lors, Taylor Sheridan pousse la confrontation entre polar et western plus loin encore que dans Comancheria, la vengeance sauvage de l’un comblant les lacunes de l’investigation consciencieuse de l’autre. Ce clivage polar/western, Sheridan l’appose aussi à ses personnages, l’un étant représenté par la fliquette inexpérimentée et l’autre par le pisteur impitoyable. L’une a les mandats de perquisition et les rapports de labo, l’autre les traces dans la neige et les instincts hérités des populations indigènes. L’ambivalence des genres et le rapport entre les deux personnages, traités avec subtilité, font la force de Wind River.

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La fliquette Jane Banner (Elizabeth Olsen) et le pisteur Cory Lambert (Jeremy Renner) : deux genres de cinoche sont sur le coup !

Ce troisième scénario affine donc le propos de Comancheria, pourtant déjà renversant, mais Taylor Sheridan ne trouve pas une quintessence qu’en tant que scénariste. Même si je doute de voir un jour son premier film et donc de constater le probable bond qualitatif du metteur en scène, Wind River suffit à admirer la réalisation ample et convaincante du sieur. A en croire qu’il a volontairement levé le pied sur la complexité du script (les coupables sont assez vite trouvés) pour mieux mettre en valeur ses pures images de western, du genre oppressant, enneigé, en Scope et bien violent (le Tarantino des Huit Salopards semblerait avoir trouvé un petit frère). Le prix de la mise en scène à Un Certain Regard à Cannes n’est donc pas un mirage, Sheridan ayant même assez assuré pour figurer dans la compétition officielle (et je m’étais fait exactement la même réflexion en sortant de Comancheria !). Et cet épais manteau de neige du Wyoming est aussi une parfaite évasion des Avengers pour le couple d’acteurs : Elizabeth Olsen semble piocher sa touchante vulnérabilité chez la Jodie Foster du Silence des agneaux, et Jeremy Renner crève l’écran comme jamais, assénant ses punshlines avec une aisance déconcertante et campant un traqueur digne d’aînés d’un autre temps de cinéma.

BASTIEN MARIE


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