Rendez-vous avec la peur

mv5bzjc3mtu1yzutzjqzoc00ytnmltk3ymmtndbhntuzyzcxndm2xkeyxkfqcgdeqxvymji4mja5mza-_v1_sy1000_sx651_al_Night of the Demon Film fantastique britannique (1957) de Jacques Tourneur, avec Dana Andrews, Peggy Cummins et Niall MacGinnis – 1h35

Arrivant à Londres pour assister à une conférence sur l’hypnose et le paranormal auxquels il ne croie guère, le psychologue John Holden en profite pour enquêter sur la mort étrange d’un collègue, liée à un certain Julian Karswell suspecté de satanisme et de sorcellerie…

Quand il se lance dans la production anglaise de Rendez-vous avec la peur, Jacques Tourneur est déjà un maître du fantastique et de l’épouvante depuis quinze ans. Ce film est sa dernière remarquable incursion dans le genre qu’il ne retrouvera qu’en fin de carrière pour deux films avec Vincent Price. Rendez-vous avec la peur est surtout connu pour les conflits que Tourneur eut avec ses producteurs au sujet du démon du titre original : si le réalisateur de La Féline veut s’en remettre à la suggestion qui a fait sa renommée et donc ne pas montrer la bête, ses producteurs, eux, veulent le voir, et en confier la création à Ray Harryhausen (qui ne sera pas dispo puisqu’il prépare déjà Le Septième Voyage de Sinbad). Finalement, ce seront les producteurs qui auront le dernier mot, glissant quelques gros plans du monstre.

Au final, l’incruste de la bête n’est pas si gênante puisqu’elle est assez bien faite pour honorer ses quelques apparitions. On regrettera juste qu’elle gâte le projet assez radical imaginé par Tourneur pour un Rendez-vous avec la peur bien flippant. S’il excellait jusque là dans une horreur métaphysique, s’amusant à laisser le spectateur créer sa propre terreur avec son imagination, Tourneur approche cette fois le genre de manière plus théorique, presque clinique, via son protagoniste scientifique joué par Dana Andrews (qui s’entendit si bien avec Tourneur qu’il l’engagera sur son film suivant, le film noir The Fearmakers). En effet, ce psychologue est des plus sceptiques sur la question du paranormal, et Tourneur use cette rationalité pour mieux la détruire et abattre les barrières intellectuelles de son personnage – et des spectateurs plus crédules qu’ils ne le pensent. Et l’angoisse grandit en même temps que la résistance de son protagoniste.

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John Holden (Dana Andrews) est sceptique : « Vous pensez vraiment que cette petite liste de course va sceller ma malédiction ?! »

Maudit à son insu (bien joué, doc !), Dana Andrews se retrouve donc pris au piège de la sublime atmosphère fantastique du film, servie notamment par les décors embrumés de Stonehenge, et Tourneur enchaîne les séquences de spiritismes (hypnose, médiums, sorcellerie, etc) sans grands éclats, abordées avec un style presque documentaire, pour malmener le confort rationnel de son personnage. Ainsi, Rendez-vous avec la peur compte nombre d’étrangetés et d’angoisse sourde dans les situations les plus anodines, et le John Carpenter de L’Antre de la folie par exemple se souviendra très bien de cette bataille contre l’esprit cartésien de son protagoniste et du public. En tous cas, on comprend mieux la volonté des producteurs d’imposer la bête sinon, vous vous rendez compte, les gens ne sauraient même plus ce qui est fantastique ou non, tant Tourneur est habile à brouiller les frontières.

BASTIEN MARIE

BONUS : Rendez-vous avec la peur a dû en marquer plus d’un car je compte au moins deux astucieuses références ultérieures au film de Tourneur (sans vous reparler de Carpenter qui a eu l’idée de Fog en visitant Stonehenge en mémoire du film, ou de Sam Raimi qui voulait en signer un remake qui, à défaut d’avoir les droits, le recyclera dans Jusqu’en enfer). D’abord dans le générique de The Rocky Horror Picture Show, forcément, au détour de ces quelques vers : Dana Andrews said prunes / Gave him the runes / But passing them used lots of skills. Mais aussi dans The ‘Burbs quand l’ami de Tom Hanks veut le convaincre que leurs voisins sont satanistes : il lui montre alors un livre sur la question signé par un certain Julian Karswell.


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