L’Homme qui rétrécit

mv5botyxnti0mja5ov5bml5banbnxkftztgwmda1otc5mte-_v1_sy1000_cr006491000_al_The Incredible Shrinking Man Film de science-fiction américain (1957) de Jack Arnold, avec Grant Williams, Randy Stuart et Paul Langton – 1h21

Lors d’une balade en bateau, Scott Carey traverse un nuage radioactif qui a pour effet de le faire rétrécir de jour en jour…

Attention, cette bafouille dévoile sans vergogne le magnifique final du film. Il faudrait donc le voir avant d’aller plus loin. Merci de votre compréhension.

Lorsque Universal lui propose d’adapter son roman au cinéma, Richard Matheson accepte à condition qu’il en écrive lui-même le scénario. Pendant que l’auteur commence son script au stade central du processus de rétrécissement, laissant le personnage raconter le début de ses mésaventures en flashback, le studio propose L’Homme qui rétrécit à l’un de ses plus fidèles artisans, Jack Arnold. Celui-ci se passionne immédiatement pour le projet, lui permettant à la fois d’expérimenter une large gamme d’effets spéciaux et de signer un film de science-fiction plus décisif que ses précédents, le tout avec un budget beaucoup plus confortable que ses habitudes. Apportant des modifications au script de Matheson (qui ne lui en voudra pas longtemps) tels un récit linéaire et un final bien différent de celui demandé par le studio, Jack Arnold aura droit, grâce à sa fidélité, à un précieux cadeau de la Universal : après une projection test favorable, le studio conservera tel quel le final cut du réalisateur de La Créature du lac noir.

Cette générosité de Universal envers son poulain se révèle naturellement payante car L’Homme qui rétrécit est un pur chef-d’oeuvre et le meilleur film d’un Jack Arnold qui y met tout son cœur. Fondé sur l’excellent high concept de Richard Matheson, un maître en la matière, Arnold a bien fait d’imposer sa linéarité : non seulement elle n’élimine pas la douloureuse voix off d’un Grant Williams très touchant, mais elle permet en plus de cueillir joliment son spectateur et de l’embarquer dans un propos qui s’enrichit à mesure que son héros rétrécit. Le tout se développe dans une mise en scène aussi rigoureuse et exemplaire qu’assez humble : l’humilité de Jack Arnold est bien ce qui a dû en faire un auteur si discret. Et pourtant, il y aurait de quoi se la péter avec cet éventail de trucages et ce crescendo technique pour montrer le rétrécissement du héros ; tout y passe : la taille des costumes, la démesure des décors, la perspective forcée, la transparence, etc. Les ruses et astuces du département artistique, mené par Robert Clatworthy, sont encore ce qui fait beaucoup du charme intemporel de L’Homme qui rétrécit.

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Note de Scott Carey (Grant Williams) : toujours penser à un éventuel rétrécissement avant d’acheter un chaton trop mignon.

Le film est aussi vif par les différents tons qu’offre le rétrécissement du héros : d’abord traité avec un comique de vaudeville, L’Homme qui rétrécit devient mélodramatique quand le mari compense sa taille par une tyrannie accrue sur sa femme, brisant son couple. La fable sociale est aussi évoquée via une séquence, très jolie, où Scott rencontre une lilliputienne de cirque. Avec une imagination débridée, Arnold se jette sur tous les enjeux qu’englobe son concept jusqu’à ce que la terrible séquence de l’attaque du chat domestique fasse basculer L’Homme qui rétrécit dans sa partie la plus célèbre et la plus maîtrisée : laissé pour mort, Scott se retrouve enfermé dans la cave aux proportions monstrueuses. D’une pureté graphique digne du travail d’un Saul Bass, cette ultime partie du film deviendrait presque un univers en soi, se partageant entre satire (l’homme moderne prisonnier de son propre conformisme) et mythologique (Scott retrouve des instincts primales au contact d’une araignée deux fois plus grande que lui). Le cauchemar existentiel atteint alors sa quintessence, avant de laisser place au sublime final imposé par Arnold : a priori très sombre puisque Scott ne trouvera pas d’issue à son mal, le climax est aussi bouleversant par son incroyable et inattendue portée métaphysique, notre héros découvrant l’infiniment petit, et donc, l’infiniment grand. Une conclusion magistrale permettant à un artisan de série B de signer l’un des plus grands films que j’ai vus – sans mauvais jeu de mots, évidemment.

BASTIEN MARIE


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