Tarantula

mv5bzjrmzjrknjetyjm1ni00nte2lwi4zjmtmjvhzmnhzmu4mdg4xkeyxkfqcgdeqxvymji4mja5mza-_v1_sy1000_cr006701000_al_Film de science-fiction américain (1955) de Jack Arnold, avec John Agar, Mara Corday et Leo G. Carroll – 1h18

Dans le désert d’Arizona, le professeur Deemer, travaillant à un sérum atomique de grossissement animal pour lutter contre la faim dans le monde, laisse s’échapper de son laboratoire une tarentule géante menaçant la petite ville de Little Rocks…

Bien qu’il ait œuvré dans tous les genres, du western (Une balle signée X, 1959) au film noir (Filles dans la nuit et Le Crime de la semaine, 1953), en passant par le film teenage (Jeunesse droguée, 1958) et la comédie british (La Souris qui rugissait, 1959), Jack Arnold est surtout connu pour ses films fantastiques (La Créature du lac noir et sa suite, 1954-55) et de science-fiction (le pacifiste Météore de la nuit, 1953). Travaillant quasi-exclusivement pour Universal, c’est le studio qui lui demande de tourner dans l’urgence (dix jours de tournage, avec le budget rachitique qu’on imagine) un film de monstre géant, domaine en vogue dans lequel la maison mère de Dracula et Frankenstein est à la bourre. Capitalisant sur l’arachnophobie primaire et répandue, Arnold a écrit sur une page blanche Tarantula en gros caractères poilus – il n’en faut pas plus pour avoir déjà la typo du titre sur l’affiche (élément capital) et pour qu’Arnold glane un des rares crédits de scénariste de sa carrière !

Tarantula est une série B typique de son époque, déroulant un récit très classique en n’omettant aucun passage obligé du genre, par exemple le moment où le héros, à la carrure de brave américain, doit regarder la projection d’un documentaire sur les tarentules, histoire de connaître son ennemie sur le bout des pattes. Autant de rigidité scénaristique dont on se moquerait volontiers aujourd’hui – Joe Dante le premier – et pourtant, sans montrer beaucoup plus d’ambitions qu’un quelconque artisan de série B, Jack Arnold parvient à faire de Tarantula un archétype qui fonctionne encore très bien aujourd’hui. Il y a bien quelques alternatives au discours alarmiste de l’époque qui y sont pour quelque chose : la bête n’est pas le produit d’un savant fou démoniaque mais d’un scientifique raisonnable dont l’utopie tourne mal, la bête tarde d’ailleurs à arriver dans l’action pour spécifier son caractère de dommage collatéral, etc. Pour autant, tout cela n’est que détail dans ce qui fait la qualité de Tarantula, puisée en fait dans un assistanat insoupçonné du début de la carrière de son auteur.

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Tarantula (Tamara) traverse peinard une explosion de dynamite.

En effet, de retour de la guerre, Jack Arnold a commencé comme assistant derrière la caméra de… Robert J. Flaherty ! Non pas que le réalisateur de Nanouk l’esquimau ait déjà filmé une araignée géante, mais il n’empêche que le point de vue du documentariste a bien influencé l’œil de son disciple, ce qui profite à Tarantula, notamment à son usage des effets spéciaux. Cela s’en ressent particulièrement lors des premières apparitions d’animaux géants : on les découvre dans le laboratoire de Deemer pendant que celui-ci erre dans ses recherches, les yeux plongés dans ses notes, sans s’impressionner du gigantisme ambiant qui lui est quotidien. Coup de génie de Jack Arnold que d’amorcer ainsi ses effets spéciaux dans un cadre non seulement réaliste mais même scientifique – rien de mieux pour s’attacher la crédulité des spectateurs. La tarentule géante devient ainsi non seulement l’attraction du film mais aussi la garante de sa propre crédibilité. Ensuite, Arnold n’a plus qu’à envoyer sa créature se dégourdir les huit pattes dans le désert d’Arizona, formidable décor favorable aux effets de transparence mettant en scène Tamara (du nom de l’araignée, assez bonne actrice pour être réengagée sur L’Homme qui rétrécit) et offrant une jolie déviation au parcours balisé des protagonistes.

BASTIEN MARIE

Bonus spoilant : en plus d’être cité dans le générique de The Rocky Horror Picture ShowTarantula est aussi la première apparition à l’écran de Clint Eastwood, pas encore assez connu pour être crédité mais déjà assez balèze pour abattre l’araignée.


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