Love Hunters

505232Hounds of Love Thriller australien (2016) de Ben Young, avec Emma Booth, Ashleigh Cummings et Stephen Curry – 1h48

En 1987, dans la ville australienne de Perth, une lycéenne part en soirée à l’insu de sa mère. En chemin, elle est accostée par un couple de trentenaires qui lui proposent de fumer un joint chez eux. Mais sur place, ils la droguent et l’enchaînent à un lit…

Love Hunters est le premier film de Ben Young, tourné en vingt jours pour moins de deux millions de dollars. Un tournage plutôt rude qui a obligé son réalisateur à tourner en numérique à regret, lui ayant idéalement préféré du 16 mm pour retrouver l’ambiance des vieilles bandes d’exploitation (il a pu approcher cette esthétique en post-production). Heureusement, pour camper son couple de meurtriers, Young a pu compter sur Emma Booth, une amie de longue date qui a ramené avec elle Stephen Curry, un partenaire déjà croisé sur une série australienne. Quant à la jeune Ashleigh Cummings, elle fut récompensée d’un prix à Venise. C’est d’ailleurs dans divers festivals que Love Hunters a acquis une solide réputation, attirant l’attention des grands studios dont Universal pour lequel Young est en train de terminer le film de SF Extinction.

Love Hunters s’ouvre sur un plan inaugural de toute beauté : un travelling au ralenti sur une équipe de jeunes joueuses de basket reluquées par le couple de serial killer garé non loin. A lui seul, ce plan ferait tout le charme du film, exprimant sa morbidité en figeant les mouvements des potentielles victimes, sa perversion en nous plongeant d’emblée dans le point de vue malsain des tueurs, son étouffement en plombant l’action d’une torpeur caniculaire. Quelques plans plus loin dans un somptueux scope, la voiture enlève une adolescente sous un soleil de plomb, rappelant les plus belles heures de la Ozploitation. Ces très beaux ralentis, Love Hunters en comptera quelques autres pour enfermer plus encore le spectateur, car bien que les travellings parcourent de grands espaces, la dilatation du temps montre, elle, un extérieur en suspens, indifférent ou impuissant à savoir l’horreur qui se lie dans un pavillon d’un couple apparemment sans histoire.

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La fugue de Vicki (Ashleigh Cummings) à quelques minutes de tourner au cauchemar…

L’œil, Ben Young l’a assurément. Malheureusement, même s’il ne cède ni à un esthétisme condescendant ni à une complaisance de bas étage (les horreurs du film se déroulent essentiellement derrière des portes closes), il faut bien avouer que Love Hunters a du mal à trouver son équilibre dans son récit pour devenir un sommet du genre digne de The Honeymoon Killers ou Henry, portrait d’un serial killer. A défaut, le premier film de Ben Young est un thriller efficace et assez haletant mais qui peine à émouvoir alors qu’il s’intéresse tout de même à un trio de personnages atteint d’une sérieuse maladie d’amour, entre une ado refusant le divorce de ses parents, un mari parvenant à ses fins par manipulations affectives et une mère privée de ses enfants. L’horreur de Love Hunters jaillit de ces troubles affectifs et, malgré trois acteurs tous très bons, Young ne sait pas toujours comment raconter son histoire, dispose de ses personnages un peu trop à sa guise et manque sa cible de peu pour hanter le spectateur longtemps après la projection. Pour autant, Love Hunters reste un premier film qui ne démérite pas sa réputation d’essai prometteur et, qui sait, peut-être qu’il ne m’a pas touché parce que je ne suis qu’un bâtard sans cœur qui finira par enlever des adolescentes à son tour. Le mieux reste donc que vous voyiez le film pour savoir s’il vous faut vous méfier de moi…

BASTIEN MARIE LEE LUCAS


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