Creepy

054764Kurîpî : Itsuwari no rinjin Thriller japonais (2016) de Kiyoshi Kurosawa, avec Hidetoshi Nishijima, Yûko Takeuchi et Teruyuki Kagawa – 2h10

Ancien inspecteur de police devenu prof universitaire de criminologie, Takakura s’installe avec son épouse Yasuko dans un nouveau quartier paisible. Alors qu’il se penche sur une vieille enquête inachevée sur la disparition d’une famille, Takakura fait la connaissance de son nouveau et très étrange voisin, Nishino…

Grosse actualité pour Kiyoshi Kurosawa en cette année 2017 : quelques mois après la sortie tardive de son essai de cinéma français Le Secret de la chambre noire, son Creepy sort cet été dans nos salles alors que les festivaliers cannois ont déjà découvert son nouveau film Avant que nous disparaissions. Les films s’enchaînent donc très vite, avec à chaque fois des changements de genre radicaux. Tenons-nous en à Creepy si vous le voulez bien, qui marque le retour de son réalisateur au thriller. Le titre anglais du film lui sied à ravir tant le film de Kurosawa, sans se départir du style habituel de son auteur, fait du pied aux thrillers américains.

En effet, durant l’un de ses cours, Takakura (joué par Hidetoshi Nishijima, fort sympathique) parle d’un serial killer américain (authentique : il s’agit d’un certain Robert Hansen) aux méthodes meurtrières spectaculaires (il emmenait ses victimes en hélicoptère pour les lâcher dans une forêt pour les chasser !), avant de conclure par un « c’est toujours plus impressionnant aux Etats-Unis ». Un clin d’œil malicieux aux thrillers que peuvent emballer les ricains, mais qui permet à Kiyoshi Kurosawa de se singulariser dans le genre pour arriver aux mêmes fins terrifiantes. Car si le cinéaste garde son style – longs plans rigoureusement cadrés à l’éclairage neutre pouvant passer pour de la facture télévisuelle pour un occidental dopé aux blockbusters du genre – ce n’est que pour mieux prendre son temps pour nous installer dans une atmosphère pourrissante, s’ingéniant à instaurer la peur insidieuse et troublante de son titre, Creepy. Patiemment, consciencieusement, Kurosawa dispose les quelques éléments qui lui permettent d’aboutir à un malaise certain. Et le spectateur se retrouve pris au piège comme le pauvre Takakura quand il se rend compte trop tard des similitudes entre l’enquête non résolue et sa nouvelle vie, au détour d’un plan remarquable dans lequel l’inspecteur surplombe son quartier ressemblant dangereusement à un autre.

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Takakura (Hidetoshi Nishijima) tient à garder un œil sur son voisin chelou (Teruyuki Kagawa).

Si le genre a souvent permis à Kurosawa de réfléchir sur la vie amoureuse et la figure du couple, ce thème est plus succinct dans Creepy, le personnage de Yasuko étant plutôt secondaire (mais ça fait sens dans le film, puisque Yakakura, habitué à son confort conjugal, ne remarque même pas l’emprise démoniaque du voisin sur sa femme). En revanche, Kurosawa tire toute sa terreur d’une urbanisation étouffante, cloisonnant les couples et les familles dans leurs espaces restreints jusqu’à les faire ignorer d’un danger tout proche – et je ne vous parle pas de la manière dont on s’y débarrasse des corps. Dès lors, tout le travail du metteur en scène sur les décors et les espaces est fascinant. Comme on l’a vu, c’est la disposition des maisons qui donne la révélation à l’inspecteur. Avant ça dans l’ouverture du film, l’espace le plus grand de Creepy (le hall d’un commissariat) enferme paradoxalement le protagoniste dans son trauma. Séquence également remarquable du témoignage d’une victime qui nimbe de ténèbres une salle universitaire avec des baies vitrées pourtant très lumineuse. Après tout ce travail sur les espaces, dans lesquels la proximité éloigne les personnages, logique que la cave du tueur, pourtant lieu commun du genre, devienne particulièrement oppressante. Parlons-en d’ailleurs du tueur, joué par le glaçant Teruyuki Kagawa (ayant déjà joué dans Shokuzai), d’une ambiguïté évidente mais que la proximité de voisin semble effacer aux yeux des victimes. Si les voisins ont très souvent été la source d’angoisse et de suspicions au cinéma (on avait par exemple écrit sur The ‘Burbs de Joe Dante à ce propos), cela aura été rarement aussi bien démontré que dans Creepy, nouvelle réussite effrayante de son auteur.

BASTIEN MARIE


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