Sans pitié

081773Bulhandung Polar coréen (2017) de Byun Sung-hyun, avec Yim Si-wan, Sol Kyung-gu, Kim Hie-won et Jeon Hye-jin – 2h

En prison, le mafieux Jae-ho se lie d’amitié avec le jeune Hyun-su et, à la sortie de ce dernier, il l’intègre dans son gang et en fait son principal bras droit dans ses manœuvres pour prendre la tête de la pègre. Sauf que Hyun-su est un flic infiltré…

Décidément, après The Strangers et Dernier train pour Busan l’an dernier, ce sont encore les coréens qui ont squatté les séances de minuit du dernier festival de Cannes, dédiées au cinéma de genre. Et ils continuent de faire, doucement mais sûrement, la nique aux blockbusters estivaux ricains dans nos salles. Au début de notre été, c’est donc Sans pitié qui déboule, un polar survolté signé par un cinéaste pourtant pas coutumier du genre. En effet, Byun Sung-hyun n’a signé que deux films en 2012 : une success story dans le milieu du hip-hop avec The Beat Goes On, puis une comédie romantique avec Watcha Wearin’ ?. Et voilà que cinq ans plus tard, son Sans pitié sort chez nous grâce à ARP Sélection, qui espèrent réitérer le succès de Dernier train pour Busan qu’ils avaient déjà distribué, scellé d’un « tarantinesque » écrit plus gros que le titre sur l’affiche.

En même temps, dès sa séquence d’ouverture montrant deux gangsters philosopher sur la bouffe et leur sale boulot, Sans pitié aurait bien du mal à dissimuler ses emprunts au réalisateur de Pulp Fiction. Une filiation qui ne joue pas forcément en faveur de Byun Sung-hun, d’autres s’y étant déjà bien cassés les dents (non, Guy Ritchie, Le Roi Arthur ne te sauvera pas). Puis la mise en scène tape-à-l’œil, le cabotinage des acteurs et les jeux avec la chronologie n’arrangent rien au tableau : pendant un moment, j’ai bien eu peur que Sans pitié soit un polar opportuniste, foulant bien trop tard le tapis rouge cannois.

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A sa sortie de prison, Hyun-su (Yim Si-wan) retrouve son mentor Jae-ho (Sol Kyung-gu) : les trahisons mutuelles vont pouvoir recommencer.

Heureusement, Byun Sung-hyun a plus d’un tour dans son sac et ne tarde pas à agréablement surprendre quand il s’aventure sur le terrain d’Infernal Affairs, histoire de redonner au polar asiatique ce qui lui appartient. Entrant dans un genre a priori encore plus balisé du flic infiltré, Sans pitié l’aborde avec une originalité salutaire (sans vous les révéler, le film fourmille de surprises) et s’améliore en tout point : la mise en scène devient plus élégante, culminant dans une ample et drolatique baston en plan séquence ; les acteurs affinent leur jeu et Yim Si-wan (star de K-Pop) et Sol Kyung-gu (star du K-Polar) développent une bromance émouvante ; les sauts chronologiques, pas du tout gratuits en fait, se fluidifient et relancent constamment un récit à tiroirs impeccablement conduit. S’il ne révolutionne pas le genre (mais ne prétend pas le faire, d’où peut-être ses citations initiales), Sans pitié reste un polar énergique tout à fait recommandable, flinguant le capitalisme dévorant de son pays en nous plongeant dans une organisation criminelle et policière dans laquelle la confiance est une devise dépassée. Finalement, le Hong Kong des années 80 n’aurait pas fait différemment…

BASTIEN MARIE


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